16. S.M. Coralie souffle ses bougie.

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Je ne suis qu'une plume. Je sens, toutes proportions gardées, une sororité profonde avec Dominique Aury (Pauline Réage), âme pleine d'un délire qui nous a offert "Histoire d'O". Je veux partage  [+]

Barbara m’introduit dans le salon. Il y fait si chaud. Il y a cinq garçons, chemises rose ouvertes & boxer. La vue d’Envel me réconforte. Celle de Preden m’embarrasse, car j’ai conscience que je vais me donner à l’amoureux de Daum, ma meilleure amie qui elle, cependant, n’hésite pas à le tromper avec moi. J’ai déjà honte, car à mon tour, c’est elle que je vais trahir. Je fais la connaissance de Cyr, blond, sorti d’un tableau de David, & Laurence, d’origine anglaise, fils de notre prof d’anglais, mais qui n’est pas étudiant chez nous. Il est à mon goût. Brun, élancé, pas trop musclé, un peu efféminé, une sorte de Ruppert Everett dans « Tolérance », un de ces vieux films sur le XVIIIème que j’adore. En fait, ils sont tous à mon goût. Envel, n’en parlons pas. Mon Camille Claudel. Preden, mon Rodin, avec son physique de rude bucheron au cœur tendre. Aodren, musclé & sec est une sorte de lynx. Mieux. Il ressemble à un lynx. Je suis sûre qu’il va me prendre dans sa gueule & jouer avec moi jusqu’à me faire perdre toutes forces. Nous nous connaissons. Je l’ai déjà fâché un jour. Je me le rappelle. Il peut très bien m’en coûter, ce soir.
Sur ma gauche en rentrant : en enfilade, se trouve un lit de fer au baldaquin dépouillé, proche de la cheminée, couleur crème, garni de couvertures en cachemire & de draps de coton ; un grand tapis persan & la longue table du dîner. Sur ma droite, deux hautes fenêtres aux rideaux bleus roi, tirés. Le salon est éclairé par le feu de l’âtre & des chandeliers à cinq branches aux bougies noires. Il y a de la musique. Elle est romantique, douce, parle de tendresse, dirait-on. Des violons, des hautbois, du piano. Envel me dira plus tard avoir trouvé des compositions de Francis Lai.
Barbara me débarrasse de mon manteau & de mon sac à main, les laisse dans un fauteuil. Pendant quelques minutes, assise sur le lit, je reste blottie près du feu contre Envel. Les garçons bandent plus ou moins. Mais nous nous mettons à table cérémonieusement sans tarder. J’ai beau remercier, tenter d’engager la conversation par quelques sujets anodins, on ne me répond que de manière laconique si ce n’est par un simple sourire.
Je me suis mise à manger de bons cœur. J’adore. « Qui a cuisiné ? » ai-je demandé. Preden a dirigé la fourchette vers sa poitrine. Je le félicite. Il sourit, c’est tout.
Le repas est expédié en une demi-heure. Je voulais un peu de fromage. Envel m’a dit que je devais m’en passer pour éviter l’haleine de chacal. Nous avons tous ri. L’atmosphère s’est détendue. On a éteint les lumières. J’ai fondue de plaisir en voyant Preden poser une forêt noire sous mon nez.
J’ai soufflé mes bougies. Juste après les petits applaudissements de circonstance, une main a glissé entre mes cuisses. J’ai poussé un cri de souris, mais je me suis sentie ridicule. Comment ne se laisserait-on pas tenter quand il fait si sombre & qu’on est si proches les uns des autres ? Indulgente, je n’ai pas réagi à ce viol. La main est remontée. Je crois que c’était Laurence. Ses doigts m’ont écartée. Ils sont rentrés sans rencontrer ni résistance, ni sècheresse. C’est bête. J’ai cru devoir me ressaisir pour ne pas faire de peine à Envel. Comme la lumière des flammes embellit son visage ! Et j’aime l’ombre de son torse sous sa chemise ouverte. J’ai envie de le baiser à cet endroit-là. Laurence se retire de ma chatte élastique &, alors que Barbara rallume chaque bougie, il saisit son verre remplit d’un vin couleur sang, de ses doigts luisant.
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