100 Kilomètres à pieds … récit d’une nana pas du tout préparée.

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Toute cette histoire démarre un jeudi soir,
sur un Job évènementiel que j’organise avec la boite dans laquelle je bosse. Groupe de musique, bruschetta, bagels, vin et bière à gogo.

10 minutes de répit, je check mon téléphone. « Oh, un message d’Anthony » : Le frenchadventurer (instagram). Un pote à la vie bien remplie, toujours sur la route, en expédition à droite à gauche, il rentre tout juste de deux folles aventures entre le nord Canadien et l’Alaska sur base de défis physiques et de rencontres fortuites avec ses amis les ours et autres grizzlis.

Il m’annonce qu’il est toujours en vie et de retour à Paris !
« Oh, un message audio » : « Salut Pauline, si tu es chaude, je participe à une marche contre la pauvreté ce week end en Normandie avec l’association Oxfam, je suis l’ambassadeur cette année. On va marcher 100 kilomètres. On est 3 mecs dans mon équipe, il nous manque encore un membre et il nous manque la touche féminine. Viens avec nous !! ».
Autant vous dire que sur le coup, je ne saisi pas vraiment ce qui va m’arriver !
« MAIS GRAVE ! sur le principe je suis hyper partante. Par contre je bosse demain, je ne serai pas dispo avant 20h pour prendre le train et vous rejoindre en Normandie ». Il m’annonce que
ce n’est pas grave que je peux venir plus tard mais qu’il faut que j’obtienne un certificat médical qui atteste que je suis apte à la pratique de « la randonnée en compétition ». C’est à
la lecture de ces mots que je commence à tilter : « en compétition »... Mouai. Peu importe, je dégote un rdv sur « doctolib » pour le lendemain matin 8 heures avant le boulot. Le doc me palpe vite fait les jambes, me demande si je suis sportive : « heu oui, je cours toutes les semaines » et PAF, je me retrouve en possession Dudit certificat. Je balance 2/3 machins au fond d’un sac à dos et part au boulot. La journée se termine, en retard... Je cours jusqu'à la gare et attrape le dernier train pour Dieppe in extremis.

Changement de train à Rouen, je retrouve mon pote Anthony et ses deux compères. Il me regarde de la tête aux pieds et bloque sur mes pompes : « c’est avec ça que tu marches ? » (Une paire de boots « Timberland » qu’il prend d’abord pour des « Dr marteens ») moi « bah ouai ! j’étais au Canada cet été, j’ai marché avec c’est ok et puis en plus je n’ai rien d’autre, suis partie avec aux pieds ce matin au boulot, c’est donc avec ça que je marche... » Ok, la j’avoues que j’ai commencé à comprendre que je m’embarquais dans un truc dont je n’avais pas du tout saisi l’envergure.
Antho me présente les deux autres membres de l’équipe, Luc et Giovanni qui ne sont que moyennement bien équipés aussi mais très contents d’être la et surtout très pressés de commencer. On embarque.

Dans le train Anthony décide de faire une vidéo pour sa communauté Instagram ou il me présente et annonce que je suis le quatrième membre de l’équipe. Il fait une blague sur mes chaussures et lance le sondage suivant « Pauline va-t-elle réussir à marcher 100 Km en Dr Marteens ? ».

Le voyage continue, on rigole beaucoup sur le fait que nous sommes l’équipe des bras cassés de la course.
Entre temps je me renseigne sur cette marche et découvre qu’effectivement... Je ne sais vraiment pas dans quoi je m’embarque !!!
Les inscriptions se font normalement un an à l’avance, chaque équipe doit réunir une certaine somme d’argent pour en faire don à l’association sans laquelle le départ n’est pas possible, parcourir les 100 Km en moins de 30 heures, marcher toute la journée, toute la nuit et toute la matinée, être obligatoirement en possession d'une lampe frontale, d'un gilet fluo et d'une gourde. Enfin, être accompagnée d’une équipe de « supporters non marcheurs » censée aider l'équipe à traverser les épreuves....FUCK.
Arrivée à Dieppe autour de 23h. Axel, le contact d’Anthony sur place nous attend pour nous remettre nos dossards, nous entrons dans une pièce ou sont présents de nombreux bénévoles
et organisateurs de la course.
Je rappelle que je sors du boulot. Je suis donc en jean pattes d’eph, chaussures à priori tout sauf indiquées pour la rando, veste en velours côtelée violette, et je suis maquillée comme tous les jours pour « être présentable devant mes clients ». Les
regards étaient... pesants.

« Tu marches avec ça ? mais non ! » / « Je te conseille de mettre des bandages dès le début » / « Mais tu vas te ruiner les pieds... T’as des bâtons ?» / « Tu te prépares depuis combien de temps ? »
__

« Oui, je marche avec ça. Va pour les bandages. Heu ? Non je n’ai pas de bâtons, et je ne me suis pas préparée du tout OBVIOUSLY parce que je suis le plus gros boulet de l’évent ! »

Après mon lot de conseils et d’interrogations, petite photo d’équipe et nous rejoignons notre hôtel pour la nuit.

Sur le trajet, Anthony décide de consulter les résultats du sondage Instagram. J’apprends donc que sa communauté en majorité, pense que je ne finirai pas le Trail... SHIT.

Pauline, (coïncidence marrante puisque c’est aussi mon prénom) envoi un message affolée :
« mais vous êtes complètement fous ! Une course comme ca se prépare, elle va se ruiner les pieds, c’est quoi ces chaussures » et j’en passe. Je lui enregistre un message audio en la remerciant d’être si concernée et lui propose de me donner des conseils pour finir la course. Ce qu’elle fait en me donnant le nom d’une crème miracle anti frottement à appliquer sur les pieds directement avant le départ. Sauf qu’il est minuit passé et que les pharmacies sont fermées. Merci Pauline et bonne nuit !

Rdv à 6h30 pour le petit dej puis départ de la course prévue pour 8h30. Bien évidement, on se pointe à 8h. LA je découvre tous les autres marcheurs qui eux, étaient couchés depuis bien longtemps lorsque nous sommes arrivés la veille au soir à presque minuit...
ET MERDE... Bâtons, chaussures de la mort, chaussettes de contention, sac de rando qui tue avec poche d’eau intégrée et tube/paille, casquettes (c’est con mais avec mon capital soleil proche des -2000 ça aurait été utile), chaussures de rechange, tenues de sport à base de leggins, T-shirt aérés, truc sur le poignet pour éponger sueur potentielle... Enfin la totale quoi.
Je ferme les yeux et avale mon petit dej pas du tout équilibré pour parfaire ma non préparation totale.
Nous sommes donc à la bourre pour récupérer nos balises (oui oui, parce qu’ils ont besoin de savoir ou on est à chaque instants, « on ne sait jamais »...). Dernier petit mot de la part de la nana qui me remet ma balise sur mon short en jean qui ne lui semble pas très adapté pour ce genre de performance physique.


Et PAF, départ du OXFAM TRAILWALKER de 100 km en équipe de 4 et en moins de 30 heures ! (Allo maman ? Vient me chercher !)
8h34 approximativement, une pharmacie ouverte sur le chemin du trail !!! PAULINE ! je vais pouvoir acheter la crème magique ! (Et franchement un million de merci à cette followeuse !) C’est le 1 er ajout à ma panoplie de randonneuse parfaite... »

Nous marchons les 16 premiers kilomètres avec Vikash Dhorasoo et la team de bénévoles que nous surnommons « la voiture balai », il s’agit donc des gens sympas qui s’assurent que personne n’est en train de mourir dans un champs sur le chemin. La définition de celle du tour de France de vélo est d’ailleurs la suivante : « La voiture-balai à une mission bien précise, celle de ramasser les coureurs « en miettes» qui décident d'abandonner au cours de l'étape. » J’apprendrai plus tard que la voiture balai va m’être
d’une aide immense.


16 Kilomètres :
Premier point de control, sandwich en main, j’enlève mes chaussures et constate l’apparition des premières ampoules. Je remets un coup de crème, place des compresses aux bons endroits, renfile mes chaussures et rejoins mes camarades de marche pour attaquer l’étape suivante tout en essayant de ne pas me laisser déconcentrer par tous ces marcheurs suréquipés qui n’ont pas l’air de souffrir du touuuuuuut, pendant que je lutte déjà pour marcher droit... La deuxième partie du Trail se passe plutôt bien, Luc, Giovanni et Anthony commencent aussi à avoir mal aux pieds ce qui me rassure un peu bizarrement. Nous longeons la manche et comme nous sommes l’équipe des « bras
cassés/branquignolles/rigolos/on sait pas trop ce qu’ils foutent la », nous décidons d’assumer notre image et d’aller piquer une tête... Mais oui mais c’est bien sûr ! SAUF QUE, Popo elle à des pansements pleins les pattes et plus de stock de compresses alors pas de baignade ! je les regarde entrer dans l’eau fraiche en fantasmant sur le bien que ça ferait à mes pieds. Tout ça sous les regards désespérés des deux membres de « la voiture balais » qui eux, aimeraient bien avancer.


30 kilomètres :
Nous finissons ENFIN par arriver sur le deuxième point de control (qui est à moitié en train de fermer) avec les jambes bien raides. Sandwich au Nutella en main, premiers étirements un peu « sérieux », séance de massage dynamique des mollets et ajout de bandage sur les nouvelles ampoules. Petit pipi, ca semble être une banalité mais quand on sait que les toilettes se trouvent dans un autre bâtiment à 50 mètres on envisage sérieusement la possibilité d’attendre le prochain point de control 10 kms plus loin...
BREF, nous repartons.

Sur les premiers kilomètres de cette nouvelle étape, je comprends que je ne vais
probablement pas finir cette marche, j’ai terriblement mal aux jambes et mes pieds me crient d’aller me faire voir. Nous marchons encore une fois accompagné de la voiture balai, oui oui
oui nous sommes les derniers depuis le début et plutôt fière de l’être... SAUF qu’au cours de cette étape, surprise immense, nous dépassons une autre équipe, celle des « Uto’Pistes ». Yann, l’un des membres s’est flingué le genou et est assis par terre l’air bien déphasé. Nous leur souhaitons bon courage, les laissons aux mains de la voiture balai de cette étape et partons pas peu fiers pour la première et dernière fois dans une position autre que celle de « derniers ».


40 kilomètres :
OH DEAR... La nuit tombe, J’ai mal, super mal, vraiment mal, je vais faire un tour chez les médecins de la course qui suivent le Trail sur chaque étape, ils enlèvent l’amas de pansements posés par mes soins, font 2/3 grimaces et acceptent de bander tout ca de manière plus règlementaire. Axel, notre super pote organisateur de la veille passe me voir :
Axel : « Bon alors ca va Pauline ? c’est vachement bien 40Km, franchement on pensait pas...c’est super ! »
Moi : « Hey Axel ! Mmmh non ca va pas ! et toi ? »
Axel : « Haha, dis-moi t’as bien ton gilet fluo ? »
Moi : « Heuuuuu »
Axel : « Moai..., t’as une lampe frontale ? »
Moi : « Heu non, t’as d’autre question ? »
Axel : « Non, mais j’ai une affirmation. Tu ne vas pas plus loin, c’est terminé, tu ne peux pas marcher sans frontale, et d’ailleurs je crois qu’un de tes potes n’en a pas non plus, vous ne pouvez pas marcher à moins de 3 personnes donc la course s’arrête pour vous. »
Moi : «... »
Axel me laisse en me disant qu’il va voir ce qu’il peut faire.

Une fois le travail des infirmiers sur mes petons terminé, je file dans la pièce principale du point de control ou je trouve Anthony en grande négociation avec Axel. L’étape suivante étant plutôt courte, nous pouvons la terminer avant la tombée de la nuit mais il est hors de question que nous continuions ensuite si nous ne trouvons pas deux lampes frontales. Mais Axel, c’est un mec cool, il enlève son gilet fluo et me le file en me disant que ce sera déjà ca de moins à trouver. Cheers Axel !
Dans ma tête, j’espère très fort mais vraiment TRÈS FORT, TRÈS TRÈS FORT que nous ne trouverons PAS de lampes frontales et que nous seront « malheureusement » obligés d’abandonner (ho trop triste). Entre temps, l’équipe des Uto’Pistes arrivent et repart très rapidement à 3. ET PAF nous sommes de nouveaux derniers...

Souffrance maximale pendant ces 7 petits kilomètres qui nous séparent du prochain point de control


46 kilomètres :
Nous arrivons donc avant la tombée de la nuit sur le point de control numéro 4. En arrivant, je sais déjà que j’abandonne, lampe ou non, je ne reprendrai pas la route, mes pieds ne peuvent pas encaisser un pas de plus. Les bénévoles présents me regardent avec un air de « écoute c’est vachement bien, arrête-toi la, franchement t’as déjà fait beaucoup plus que ce que tout le monde pensait ». Nous recroisons les Uto’pistes et prenons des nouvelles de Yann et de son genou. Leur team de supporters est archi cool, si bien que je me retrouve très vite les pieds dans une bassine d’eau glacée tendu par la maman de Laurine (MAIS MERCI
MERCI MERCI). Antho se débrouille pour récupérer une lampe frontale auprès de Bernadette et son mari, deux bénévoles de la voiture balais du PC 3 au PC 4. Ce qui fait une lampe sur les deux que nous devions récupérer. OUIIIIIIIIII, mais non... c’était sans compter sur la générosité de l’équipe des Uto’pistes qui nous tendent une lampe frontale sans piles chargées il me reste donc un espoir, celui de ne PAS trouver de piles !!! OUI mais non... Il se trouve que Luc a des piles dans son sac à dos ! MAIS QUI SE BALLADE AVEC DES PILES DANS SON SAC ??? Je suis donc obligée de le dire à voix haute, « les copains j’abandonne, je ne peux pas continuer ».

La surprise passée, Anthony vient me voir et me fait un discours digne des mi temps de coupe du monde ! il conclu en me disant, « écoute Pauline tu fais l’étape suivante, on aura fait 58 Km, et LA on arrêtera, LA on aura fait plus de la moitié et on sera fières, si tu tombes, je te jure que je te porte, je te porte jusqu’au prochain point de control s’il le faut ! » Et merde... comment je dis non à ça moi ? Me voilà de nouveau entre les mains des infirmiers présents sur place qui me regardent dépités, remplis d’incompréhension : « Mais arrête ! pourquoi tu t’infliges ça ? » Je sers les dents et entreprends de remettre mes chaussures... Une des épreuves les plus compliquée de ma vie ! Des larmes coulent le long de mes joues. Je me lève, il est temps de partir pour les 11,7 kilomètres qui nous séparent de la prochaine étape et honnêtement je n’ai aucune idée de comment je vais même pouvoir marcher jusqu'à la porte.

Après avoir mangé quelques poires et mûres, pleurer de douleurs et failli m’évanouir sur les 50 premiers mètres. Nous marchons à 9, rejoins par les trois membres des Uto’pistes et les deux marcheurs fermeurs (voiture balais) de cette étape, une joyeuse équipe. Sauf que l’ambiance à beau être chouette, on à fait 300 mètres et moi, perso je vais crever... Quand j’entends une petite voix qui se rapproche très vite : « PAULINE !! » Je me retourne et vois arriver en trottinant une nana avec un sourire à réchauffer la banquise (mauvais jeu de mot, OK)
« Salut, je m’appelle Pomme ! C’est toi Pauline ? La nana sans équipement et surtout sans chaussures »
Il faut souligner qu'a ce moment de la marche, j’ai quand même super honte de m’être pointée comme ça, sans rien et sans m’être renseignée un minimum...
Moi : « hmmm oui c’est moi... »
Pomme : « Tout le monde parle de toi au PC (point de control), j’ai des chaussures à te prêter si tu veux ! »
Moi (Tu t’appelles Pomme ?) : « Holalalalala, mais oui, mais tellement, mais j’ai envie de te faire un câlin ! Tu fais du combien ? »
Pomme : « Du 39 ! et toi ? »
Moi : « Mmmmh, merdouille c’est trop grand, je fais du 36 »
Pomme : « Tu ne veux pas les essayer quand même ? »
Moi : « Si, oui, oui, je veux, oui, bien sur, mais oui ! »

Orgasme lorsque j’enlève mes chaussures de malheur que je maudis de tout mon coeur et enfile les douces baskets en taille 39 de Pomme, des chaussons ! Orgasme numéro 2, mes pansements sont à l’aise et mes doigts de pieds respirent, c’est magique ! Je saute dans les bras de Pomme et la remercie chaudement pour ce geste incroyable qui va complètement sauver les 11 prochains Kilomètres. (Je frime la, j’étais évidemment incapable de lui « sauter » dans les bras, mais le coeur y était).

Je marche ces 11 Kilomètres avec un nouveau souffle incroyable, mais quel bonheur, de l’air entre mes orteils... EN PLUS askip, il y a des masseurs au prochain point de control qu’il faut rallier le plus vite possible car en bons derniers, nous arrivons toujours presque à la fermeture des points de control. Pour faire clair, si nous ne repartons pas avant une heure précise, La team Oxfam considère que nous n’aurons pas le temps de finir l'aventure en moins de 30 heures. Nous ne serions donc pas autorisés à poursuivre le Trail.


58 Kilomètres :
Bonjour madame la masseuse ! mais quel pur bonheur et souffrance en même temps, ma masseuse me pétrit les mollets et je me sens pleurer de douleur ou de bonheur je ne sais plus trop mais c’est un moment magique. Sauf que juste après ce si doux flottement, c’est la panique, les bénévoles nous pressent à reprendre la route, « si dans 4 minutes vous n’êtes pas parti, ce sera trop tard ! » Bien décidée à repartir avec mes nouvelles chaussures, je cherche Giovanni, Luc et Anthony, et comprends qu’ils ont pris la décision d’arrêter l’aventure ici. MERDE ! Je ne peux pas continuer seule, les règles du Trail stipulent que nous devons marcher à 3 minimum... Ca semble être finito pour Popo.

Je regarde Anthony droit dans les yeux et lui dis que si j’ai entamé l’étape d’avant ce n’était que grâce à lui, je l’ai fait pour lui ! il doit donc marcher la suivante pour moi. Discours qui se déroule sous le regard affolé du médecin qui soigne ses pieds au même moment... C’est lorsque je vois que le doc me dévisage comme ma mère quand je lui ai annoncé que je partais faire du stop en Amérique du sud qu’Anthony attrape ses baskets et me lance un regard du genre « Je te déteste, vas y on y va ! » Go Anthony GO ! OUIII, et puis non... l’un des gentils organisateurs de la course surprend ce moment fort. Lui et le Doc prennent la décision
d’interdire à Anthony de repartir, pour cause de pieds ravagés... Il ne tient plus debout et a les pieds en sang... effectivement c’est une sage décision. Merde ! Je tourne la tète et croise le
regard d’Antonin de l’équipe des Uto’pistes, je le rejoins et lui demande s’il continu de marcher il me répond que oui et que Laurine également membre de son équipe continue aussi. Ils sont 2, je suis seule, on est trois ! ALLELUIA !
Petit tour chez le copain soigneur. Il commence par enlever les bandages et prendre conscience du carnage, mais j’ai le smile alors il fait de son mieux pour protéger les multiples ampoules et plaies (ragoutant) qui se trouvent sur mes pieds. Je rappelle que tout ca se passe en 4 minutes, allez 7 parce que les bénévoles sont sympas ! Du coup, mon ami soigneur n’a pas trop le temps de faire ca dans les règles de l’art, il fait un pansement globale et prend tous mes orteils et le dessous de mes pieds dans le même bandage. Moi, mes nouvelles moufles de pieds et les chaussons de Pomme sommes prêts à repartir.
Laurine, Antonin et moi quittons le point de control.

Il fait nuit, il fait froid, je suis en short... cette étape ne s’annonce pas facile facile mais les marcheurs fermeurs qui sont avec nous nous remontent le moral et on avance en maintenant un bon rythme, Antonin et moi en tête de ce mini peloton chantons (massacrons) quelques titres rap des année 2000 et apprenons à se connaître. Quelques kilomètres plus loin c’est le drame pour Laurine, ses jambes lâchent, elle ne peut plus bouger le bassin et est immobilisée. Merde ! Je lui propose de porter son sac, de l’aider à s’appuyer sur nous mais rien n’y fait son corps refuse de repartir. Les marcheurs fermeurs appellent le point de control et demandent une voiture pour la rapatrier. Comme on est plutôt sympas dans le fond, nous décidons de ne pas la laisser
mourir dans un bosquet sur le bas coté et attendons la voiture avec elle. Nous sommes immobilisés pendant près de 25 minutes, on se rend compte que rallier le prochain point de control à temps est du domaine de l’exploit, nous voilà lancés dans quelques calculs rapides :
« ok si on marche à 6/7 km/h en moyenne, on peut le faire !! » Plus de 60 kilomètres dans les pattes et on veut marcher à 6/7 Km/h... Mais oui mais c’est bien sur. Pourtant on y croit à fond. Quand la voiture arrive nous embrassons Laurine et repartons. Et bah ouai, on a marché à cette allure la et on l’a atteint à temps ce foutu point de control. Grosse fierté et coup de boost au moral. Sauf que nous n’allions avoir que très peu de temps pour nous arrêter et nous reposer un peu... La course contre la montre commençait.


70 Kilomètres : Nouveau point de control, l’avant avant dernier. On est clairement au bout de nos vies. Nous sommes dans un Gymnase et les bénévoles sont hyper hyper hyper sympas,
comme toujours d’ailleurs et nous laissent un peu plus de temps pour récupérer. Nous restons la une dizaine de minutes, le temps d’enlever nos chaussures, constater que le carnage est toujours la et d’attraper un bout de pain au nutella (du Nutella version pate à tartiner bio beaucoup trop bon !). Sauf que nous ne sommes plus que deux à marcher... puisque Laurine a été contrainte d’abandonner. La question de nous autoriser à repartir se pose une nouvelle fois. Mais grâce au couple de marcheurs fermeurs, deux super héros bénévoles qui décident de nous accompagner sur les 30 derniers kilomètres nous sommes sortis d’affaire.
C’est reparti pour 13 kilomètres, c’est une très longue étape qui ne nous fait pas envie du tout... En plus, on comprend plus ou moins qu’elle est difficile et pentue. Super ! Antonin et moi nous racontons nos vies, c’est un super mec très talentueux avec plein de projets. Heureusement que nos conversations sont là pour nous faire oublier un peu nos jambes qui je pense quitteraient nos corps en boitant si elles le pouvaient. Au cours de cette étape, notre super héroïne bénévole me donne ses bâtons pour m’aider à avancer. Je porte donc une crème anti frottement, une lampe frontale sur le front, un gilet fluo sur les épaule, une paire de bâtons de marche et carrément des chaussures, qui ne sont pas à moi...
La générosité des gens sur cette aventure est folle. Je prends conscience que l’histoire à failli s’arrêter a de nombreuses reprises et que ce sont les autres qui m’ont permis d’avancer à chaque fois. Waouh. Je me jure de finir cette satanée marche !


83 Kilomètres :
Nouveau point de contrôle, nouveaux visages de bénévoles attentionnés et fiers de nous. A tel point qu’en élan de solidarité se créer, quelques uns décident de marcher avec nous jusqu'à la ligne d’arrivée, nous seront donc 7 à repartir, Le couple qui vient de nous accompagner, 3 nouvelles têtes tout sourires, Antonin et moi au bout de nos vies. Nous ne pouvons malheureusement nous arrêtez que quelques minutes et sommes obligés de repartir dans cette folle marche contre la montre.

11 kilomètres pour rejoindre la prochaine étape, je ne veux plus penser à rien, je veux que
mes foutus pieds obéissent au droite gauche droite gauche ordonné par mon cerveau amorphe et c’est tout.
C’est sur cette étape que je craque vraiment, mon corps me fait mal, mes genoux ont doublé de volume et me donnent l’impression qu’ils vont lâcher à tout moment. Je prends un peu
d’avance et marche en tête seule pour pouvoir pleurer discrètement, je pense de nouveau à abandonner au prochain point de contrôle. Ce n’est pas compliqué, je n’en peux plus. Plus de
25 heures que je marche, qu’est ce que je fou la ? (Maman ? Bah t’es pas venu me chercher...)

La petite équipe commence à se rendre compte que j’ai le moral dans les chaussettes, que je ne vais pas bien. Ils sont adorables et se relaient pour discuter avec moi mais je n’ai pas envie de parler et me referme comme une huitre jusqu’au moment ou l’une des bénévoles qui nous à rejoint me montre une vidéo de l’arrivée. Mince, des dizaines de personnes hurlent nos noms, nous encouragent et nous attendent « Allez Pauline et Antonin, Alleeeeeeeeez, on vous attend, ne lâchez rien ».


94 Kilomètres :
Nous arrivons au dernier point de contrôle, LE DERNIER ! Les bénévoles présents sont en folie, ils nous accueillent avec des cris et de grands sourires. Je suis en larmes et cours... (enfin j’y vais en boitant quoi) m’enfermer dans les toilettes. Je pleur de douleur en me morvant dessus, transpirante et collante, les genoux de Carlos, les pieds en choux fleur dans mes moufles, le tout, assise sur les toilettes (Glamour la nana). Je fini par sortir de ma tanière, on me tend deux poches de glace pour mes genoux et je comprends qu’il faut partir vite, encore... sous peine d’être bloqués. Tous les bénévoles du point de contrôle se joignent à
nous et se chargent de porter nos sacs à dos, sous sommes une quinzaine c’est beau, c’est touchant, c’est fort.

C’est la dernière ligne droite, escortés par notre cortège de bénévoles nous entamons cette dernière étape avec le corps en miette mais le sourire. Antonin est impressionnant, il ne bronche pas, j’ai l’impression qu’il va bien, qu’il n’a pas mal, c’est mon héro ! Il me soutient et m’encourage, me donne la force de mettre un pied devant l’autre.
A quelques kilomètres de l’arrivée, d’autres bénévoles et les supporters de l’équipe des Uto’pistes nous rejoignent, ils ont marché vers nous depuis la ligne d’arrivée pour nous encourager et finir avec nous. Nous voyons d’abord les couleurs de l’arrivée au loin, puis nous apercevons le rassemblement de gens, les bruits, les cris, les encouragements nous parviennent aux oreilles. Ça y est, on l’a fait. Les gens hurlent, nous félicitent, nous applaudissent, c’est galvanisant. Je saisi la main d’Antonin et la lève dans les airs à la façon d’un boxeur déclaré vainqueur après 3 rounds. Nous avons fait nos 9 rounds et prenons conscience de notre victoire.
S’en suit la remise de médailles. AAAAH, problème ! Il faut monter sur une scène. Six marches... six petites marches qui me narguent. Je les gravis comme si c’était le Machu Pichu et débarque sur la scène branlante comme un poulain qui vient de naitre. Photos, applaudissement, remise de médaille par la douce Cécile Duflot. Le trail est officiellement terminé.
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C’était l’histoire d’une nana pas du tout préparée qui marche 100 kilomètres à pieds.

Un énorme merci à tout les gens incroyables qui m’ont permis de finir cette marche éprouvante. Je n’aurais évidemment jamais pu finir sans eux. Et bravo à tous les participants de l’Oxfam Trailwalker de Dieppe 2019.

Note à moi même : Réfléchir 2 minutes quand un pote te propose de marcher 100 kilomètres...

Pauline Nyrls
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Zab Boom · il y a
Bravo ma petite pouf! Décidément tu es pleine de ressources, en tous cas prête pour une aventure avec toi qui sait...? Pas sure d’avoir ta force mais la motivation oui! À très vite, Wonder Woman !

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