10. S.M. Coralie: seule dans la nuit

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Je ne suis qu'une plume. Je sens, toutes proportions gardées, une sororité profonde avec Dominique Aury (Pauline Réage), âme pleine d'un délire qui nous a offert "Histoire d'O". Je veux partage  [+]

Vendredi 21 février. Il est 20h. Mon père me conduit à St K*. C’est à trente kilomètres. Quand je lui ai dit, à lui & à maman, que le neveu du Docteur Trifina serait de la fête, ainsi que d’autres amis de lycée qu’ils situaient un peu dans leurs souvenirs récents comme d’honorables délégués de classes, ils ont donné leur accord. S’ils avaient quelques craintes pour moi, ils les auront bien cachées.
La Rover s’est garée le long du trottoir. On ne peut pas s’approcher à moins de deux cent mètres de la maison où je suis attendue. La rue de la Comtesse est piétonne. Preden a annoté sur mon invitation, qu’il suffisait de la longer pour accéder au récif au sommet duquel se dresse la villa Claymoor-Cardoël. J’ouvre la portière. Elle m’échappe des mains, elle manque de s’arracher sous le vent puissant. Mon père peste un peu, baisse sa vitre, avec l’air d’un chauffeur de taxi qui va me demander sa course. Son regard est déjà lointain, fixé sur d’autres occupations ou les dossiers qu’il a ramené de son étude. Une fois rentré, je sais qu’il ne pensera plus à moi. Je tiens à peine debout dans la tempête. Maman, côté passager, se penche vers mon père pour me faire un petit signe affectueux à travers la vitre. Elle s’inquiète, mais elle ne le montrera pas. Elle préfère éviter les remontrances de papa qui exècre les effusions, plus encore quand il sait qu’on va se revoir le lendemain.
La voiture s’éloigne.
La tête dans les épaules, je scrute autour de moi. Il n’y a pas une âme à errer dans la station balnéaire. La rue est sombre. Elle ne compte qu’un réverbère dont la tempête finira bien par avoir raison de la résistance. Les fils électriques émettent un feulement lugubre de chat en colère.
Je m’abrite contre la porte d’un garage. A présent seule, j’enlève mes pudiques collants de laine. Je les fourre dans mon sac à main au fond duquel j’avais dissimulé des bas sexy aux bandes verticales alternant opacité & transparence. Ils sont assortis à ma courte robe noire. Elle est simple, discrètement galonnée. Sous mon duffel-coat, je la cache aussi.
Bien qu’emmitouflée, l’air humide & glacé me pénètre dans le dos, atteint les épaules. J’ai les cheveux complètement hirsutes. Il se met à pleuvoir. La pluie me mitraille les mains comme des aiguilles quand je relève ma capuche. Tête baissée pour protéger mon maquillage, j’avance dans la ruelle. C’est un vrai calvaire. Le vent me déséquilibre. Au bout d’une centaine de mètres, j’aperçois, au-dessus d’une haie noire de tamaris secoués en tous sens comme par des mains invisibles de forcené, la lumière d’une fenêtre masquée de persiennes.
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