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poésie 74LECTURES

J'applique mon oreille à travers mon cachot

J’applique mon oreille à travers mon cachot 
Contre la conscience énorme de là-haut. 
Et j’écoute. Et, pensif, je fuis, et, solitaire,
Je m’envole. Quiconque a pour prison la terre, 
A pour évasion le ciel. Là, j’ai l’effroi
De sentir comme une âme immense entrer en moi 
Et j’en tremble, et j’en suis joyeux. Sévère joie !
Va, sois le Châtiment, me dit quelqu’un. Foudroie. 
La foudre est le jet noir du firmament vengeur.
Je me penche du fond d’une blême rougeur, 
Et, di seuil étoilé, comme d’une fenêtre, 
Sur ta simarre, ô juge, et sur ta robe, ô prêtre, 
Je vide la justice avec la vérité.
Vivez, régnez ! ma strophe au sanglot irrité,
Mon vers sanglant, fumant, amer, qui, du ciel sombre, 
Ainsi que d’une bouche entr’ouverte dans l’ombre, 
Jaillit ; tombe, se rue, éclate, et sur les fronts 
Se disperse en horreur, en tempête, en affronts, 
Flétrit, submerge ; noie ; éclabousse et remonte, 
Est le vomissement de Dieu sur votre honte.