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poésie 60LECTURES

Élégie quatrième

Divin Priape, que des toits de feuillage garantissent ta tête du soleil et des neiges ! Mais, dis-moi, quels sont tes secrets pour captiver la beauté ? Assurément ce qui plaît en toi, ce n'est ni l'éclat de la barbe, ni une chevelure soignée. Nu, tu endures les froids de l'hiver, et les chaleurs brûlantes de la Canicule.
Je dis : et telle fut la réponse du fils de Bacchus, du dieu rustique, dont le bras est armé d'une faux recourbée.
«Garde-toi de te mêler à une troupe de tendres adolescents : il y a toujours en eux quelque attrait qui les fait justement aimer ; l'un plaît en serrant les rênes au coursier rebelle, l'autre en fendant une onde calme de sa poitrine d'albâtre. Celui-ci charme par sa bouillante audace ; celui-là par la rougeur virginale répandue sur ses tendres joues. Mais ne te laisse point rebuter par un premier refus de celui que tu aimes, il apprendra peu à peu à subir le joug : le temps rend le lion docile à l'homme ; avec le temps l'eau creuse la pierre ; l'année, dans sa marche, mûrit les raisins sur les coteaux échauffés par le soleil, et ramène à époque fixe de brillantes constellations. Et n'épargne point les serments : l'Aquilon emporte les vains parjures de Vénus à travers les terres et les mers. Mille grâces soient rendues à Jupiter ! Jupiter lui-même a refusé toute valeur aux serments insensés d'un amour impatient. Diane te permettra de jurer impunément par ses flèches, Minerve par sa chevelure.
Mais tout retard serait une faute ; la jeunesse passera. Et avec quelle rapidité ! le temps, infatigable, ne s'arrête jamais, et ne revient point sur ses pas. Que la terre a bientôt perdu ses brillantes couleurs, le haut peuplier son beau feuillage ! comme il gît abattu, quand est venue l'époque fatale de la vieillesse débile, le coursier sorti vainqueur de la carrière olympique ! J'ai vu déjà, moi, plus d'un infortuné, accablé sous le poids de l'âge, gémir d'avoir dans une folle indifférence perdu ses beaux jours. Dieux cruels ! le serpent se renouvelle ; il se dépouille de ses années, et le destin n'accorde point à la beauté un instant de délai. Seuls, Phébus et Bacchus jouissent d'une éternelle jeunesse. Une longue chevelure leur sied à tous deux.
Quelles que soient les fantaisies de l'objet que tu aimes, aie soin de t'y prêter. La complaisance, plus d'une fois, donne la victoire à l'amour. Ne refuse point de l'accompagner malgré la longueur de la route, malgré les feux de la Canicule, qui brûle la terre altérée, malgré l'arc, qui, teignant les cieux de sombres couleurs, aspire la pluie future. Veut-il traverser l'onde azurée, pousse, la rame en main, pousse la barque légère à travers les flots. N'hésite point à endurer les fatigues, à flétrir tes mains par un travail dont elles n'ont point l'habitude. Veut-il fermer par une embuscade les gorges des montagnes, si tu désires lui plaire, que tes épaules ne se refusent point à porter les filets. Veut-il s'exercer à l'escrime, étudie-toi à badiner d'une main légère ; souvent, pour lui ménager la victoire, laisse ton flanc à découvert. Alors tu le trouveras moins rebelle ; alors tu pourras essayer de lui ravir un doux baiser, il le disputera, mais il le laissera prendre. Ces baisers ravis d'abord, il les accordera bientôt à tes prières, et tu ne tarderas pas à le voir s'enlacer de lui-même à ton cou.
Mais, hélas ! quels honteux artifices que ceux de ce siècle misérable ! déjà les jeunes garçons ont pris l'habitude d'exiger des présents. Ô toi, qui le premier appris à vendre l'amour, qui que tu sois, puisse la pierre vengeresse peser à ta cendre ! Enfants, aimez les Muses et les doctes poètes, l'or ne doit pas l'emporter sur les Muses. C'est la poésie qui a donné à Nisus son cheveu de pourpre ; sans la poésie, l'ivoire ne brillerait pas sur l'épaule de Pélops. Celui dont le nom sera chanté par les Muses vivra tant qu'il y aura des chênes sur la terre, des astres au ciel, tant que les fleuves rouleront des eaux dans leur lit. Mais que le barbare qui est sourd à la voix des Muses, qui vend son amour, soit attaché au char de Cybèle ; qu'il porte ses pas errants dans mille cités, et se mutile honteusement au son de la flûte phrygienne. Vénus elle-même veut qu'on écoute les doux propos ; elle s'intéresse aux plaintes de l'amant qui supplie, à ses larmes touchantes».
Telles sont les paroles que le dieu me fit entendre pour les répéter à Titius ; mais Titius a une épouse qui lui défend de s'en souvenir. Qu'il obéisse à celle qu'il aime ; mais reconnaissez-moi pour votre maître, vous tous qui avez à vous plaindre des nombreux artifices de jeunes garçons rusés. Chacun a ses titres à la gloire ; le mien sera d'être consulté des amants dédaignés ; ma porte leur est ouverte à tous. Un jour, dans ma vieillesse, je verrai une foule de jeunes gens empressés s'attacher à mes pas pour entendre mes leçons d'amour.
Mais hélas ! que les longues rigueurs de Marathus me désespèrent ! les artifices sont impuissants, impuissante est la ruse. De grâce, épargne-moi ; que je n'aie point la honte de devenir la fable des plaisants, qui riraient du peu de succès du maître.