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conte 62LECTURES

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Elle et Lui, les deux Âmes, les deux Clartés, les deux Esprits bienheureux, Théro et Celmis, revêtus de leur grâce géante, unis, appuyés l’un sur l’autre, étroitement embrassés, ils s’avancent d’un pas et d’un vol rhythmiques à travers les clairs paradis. Ils ont traversé la ville de diamant dont les flèches s’enchevêtrent, et les hautes forêts de violettes, et le doux fleuve large comme vingt océans, sur la rive duquel est planté un rosier unique, dont les rameaux chargés de fleurs abritent sous leur ombre tous les vastes flots. Doucement ravis par la résonnance des parfums subtils et par les silencieuses musiques, ils sont maintenant dans une large clairière, d’où ils aperçoivent dans les éthers infinis tous les troupeaux de constellations et d’étoiles.
— Tiens ! dit Celmis, regarde au loin cette toute petite et fugitive étincelle. C’est la Terre. Te souvient-il encore que nous avons habité là ? Oui, bien des milliers et des milliers de siècles avant l’heure sacrée et triomphale, débordée de joie, où nous avons enfin vu, dans l’extase de la lumière brûlée d’allégresse, ce qui ne peut être exprimé, même par les mots célestes ; avant que nous eussions habité, sans cesse renouvelés, rajeunis et grandis, tant de planètes et d’astres ; avant que la longue persistance d’un mutuel amour nous eût rendus exactement pareils l’un à l’autre, si bien que mon visage réfléchit le tien comme un miroir, et que les yeux des Anges ne peuvent reconnaître l’une de l’autre nos deux pensées et les flammes de nos deux chevelures ; oui, bien avant tout cela, nous avons habité ce tout petit point lointain et vague ; et même, je le sais encore, nous y avons connu quelque chose qui se nommait la Souffrance ; mais je ne me rappelle plus ce que c’était !