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conte 172LECTURES

Mesdemoiselles les Étoiles

Mesdemoiselles les Étoiles sont allées au bal, où elles ont follement dansé toute la nuit, et maintenant, en rentrant chez elles à travers les bleus jardins de l’éther, elles dansent encore. Coiffées de l’étincelant bandeau et leurs longs cheveux rejetés en arrière, habillées d’une vivante toile de diamant, et leurs blanches jambes toutes nues, elles reviennent en folâtrant, rieuses, les seins agités, cueillant par les sentiers de pâles fleurs de pierreries, et ne se résignant pas à marcher tranquillement, comme des demoiselles sages.
Non ! elles dansent, elles dansent toujours. Leurs innombrables chœurs forment tantôt la figure d’un Bélier ou d’un Scorpion, ou d’une Lyre, ou d’une Balance, ou d’un Archer qui lance un trait, ou d’un Poisson, ou d’un Paon, ou d’une Baleine, ou d’un Phénix, ou d’une Grue, et toutes ces figures à la fois, et jamais l’immense collier éparpillé ne se reforme, et tous ces fronts de diamant allument et blanchissent l’immensité bleue.
— Allons ! dit la grande Aldébaran à la petite Procyon, hâtons le pas, je vous prie. Ne voyez-vous pas déjà, là, tout près de nous, la terrible, l’épouvantable Aurore qui s’avance avec sa robe rouge, et qui va tout à l’heure brûler le bout de nos cheveux avec la flamme rose de sa torche !
— Hélas ! dit Procyon, j’ai perdu une de mes pantoufles de cristal, et je vous suis comme je peux, un pied chaussé et l’autre nu.
— Qu’importe ! réplique la grande demoiselle. Venez vite et, s’il le faut, jetez plutôt aussi votre autre pantoufle sur le chemin, dans quelque caverne d’or ! Car si vous n’y prenez garde, nous allons marcher bientôt dans les roses du matin, tout éclaboussées de sang. Et que dira monsieur Camille Flammarion, s’il nous voit encore dans le ciel, à l’heure réglementaire où les honnêtes Étoiles doivent être couchées ?