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Alexandre Dumas fils

Avec sa tête puissante émergeant victorieusement de ses larges épaules, Dumas fils qui a reçu, comme les dieux solaires, le don de la clarté, a l’air d’un titan qui s’apprête toujours à débrouiller le Chaos. En effet le Chaos est son ennemi intime, et, loin de renoncer à le débrouiller, il l’embrouillerait plutôt, pour l’éclairer ensuite à la flamme fulgurante de la foudre, qui éclate en plein ciel ! Le front de ce tueur des Hydres est absolument superbe, mais recule à son avantage les bornes d’un taillis broussailleux et vierge de cheveux blonds crespelés. Les sourcils se rapprochent violemment par un pli, le pli du penseur qui s’abstrait en lui-même, à la naissance du nez droit, bien fait, qui se contracte, se resserre au milieu et se dilate aux narines. Les yeux bien fendus à fleur de tête, ont des prunelles larges et claires qui s’élancent vers vous pour voir vos pensées et pénétrer votre âme. Les joues larges et amples recouvrent des pommettes saillantes et des mâchoires dévorantes de désirs et de volonté. Le teint a la blonde pâleur de l’ambre, et sous une moustache fine, impétueuse en ses caprices, sourit à demi une bouche aux lèvres épaisses, bonnes, charitables et généreuses. Un menton petit et résolu s’avance en cariatide pour arrêter et soutenir ce visage de faiseur de travaux. D’où vient la sérénité de Dumas fils ? De ceci, qu’ayant soigneusement interrogé la Vieille Forme Dramatique, pour savoir ce qu’elle contenait en somme, il a constaté que cette magicienne sacrifiait à Aricie ou à Chimène les intérêts les plus sacrés des peuples et des cités. Il a alors écouté la voix de sa conscience, qui lui criait : « Tue-la ! » En effet, il l’a tuée, et depuis ce temps-là il marche léger comme un Oreste qui a accompli, par l’ordre des Dieux, un crime utile. Lorsque j’étais enfant, au Collège Bourbon, après la classe, j’apercevais bien loin en face de moi, sous les arcades, mon contemporain Dumas fils qui était dans les rangs de sa pension, comme j’étais dans les rangs de la mienne. Il avait alors une jolie petite tête intelligente et déjà sérieuse, d’une blancheur transparente comme celle de la nacre, et je voyais tomber sur ses épaules, longs comme une perruque du temps de Louis XIV, les anneaux dorés et ensoleillés de sa blonde chevelure !