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poésie 56LECTURES

Sur les fêtes d'Isis

Voici déjà venir d'Isis la triste fête,
Et depuis ces dix nuits Cynthie est en retraite.
Du tiède Nil pourquoi, laissant la région,
Io vint-elle ici par sa religion
Imposer aux amants une étrange coutume ?
Quels que soient ses bienfaits, j'en maudis l'amertume
Au temps où Jupiter t'aima secrètement,
Tu sentis la rigueur d'un long isolement,
Io, lorsque Junon, par un jaloux caprice,
Changea ton corps, ta voix et te rendit génisse.
Combien de fois le chêne à ta bouche nuisit !
Dans l'étable souvent sa feuille te nourrit.
Si Jupiter t'ôta cette forme trompeuse,
Pour cela devais-tu devenir orgueilleuse ?
Garde l'Egyptien basané, mais pourquoi
Viens-tu dans Rome, ici, nous imposer ta loi,
Et veux-tu que la femme ait des nuits de veuvage ?
De tes cornes, crois-moi, tu reprendras l'usage,
Et nous te bannirons, cruelle, car est-il
Quelque lien qui joigne et le Tibre et le Nil ?

Puisque durant ces nuits je n'ai vu ton visage,
Livrons-nous par trois fois à l'amoureux voyage.
Cynthie est sans oreille et je la prie en vain,
Et le char lent d'Icare arrive à son déclin.
Tu bois avec ardeur, et toujours sur la table
Ta main lance les dés, rapide, infatigable.
Périsse qui tira du raisin enivrant
Le suc dont il souilla le liquide élément !

En tombant sous les coups des Athéniens, Icare,
Tu sentis les effets de la liqueur barbare.
Elle devint pour toi funeste, Eurytion ;
Tu cédas, Polyphème, à ce fatal poison.
Le vin détruit beauté, purs sentiments, jeunesse,
Jusqu'à la connaissance aux yeux d'une maîtresse.

Mais tes charmes en rien ne tombent sous Bacchus,
Ta beauté reste ; bois, bois toujours, toujours plus.
Sur ta coupe je veux voir tes guirlandes pendre,
T'écouter récitant mes vers d'une voix tendre !
Que le falerne coule et dans la coupe d'or
Que l'écume pétille et couronne le bord !

Nulle femme en son lit n'aime la solitude,
Sans chercher un remède à son inquiétude.
L'absence d'un amant aiguillonne l'amour.
Le plaisir est moins vif quand il revient toujours.