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poésie 178LECTURES

Le dieu vertumne

De tous mes changements qu'on ne s'étonne plus.
De Vertumne voici les anciens attributs.
Toscan par mon pays, et Toscan par mon père,
J'ai fui Volsinium pour éviter la guerre.
Je chéris les Romains ; sans temples somptueux,
Seul, l'aspect du Forum sait captiver mes yeux.
Les esquifs dans ce lieu jadis fendaient le Tibre ;
Avec bruit sur ses eaux la rame tombait libre.
Mais lorsque pour ses fils le fleuve recula,
Pour attester le fait, Vertumne on m'appela.

Chaque an, à son retour, m'apporte ses prémices.
Peut-être que mon nom vient de ces sacrifices.
Pour moi le vert raisin revêt d'autres couleurs,
L'épi d'un suc laiteux se remplit aux chaleurs ;
Pour mes autels la mûre en l'été se colore ;
L'automne fait mûrir la prune qu'il décore ;
La cerise m'est due, et l'heureux jardinier
Met sur mon chef la pomme arrachée au poirier.
Loin, bruits menteurs ! mon nom vient d'une autre origine !

Pleins de foi, recevez ma parole divine.
Je puis changer toujours, et toujours gracieux
Je me plie aussitôt aux formes que je veux.
Je deviens sous la soie une femme facile,
Et, sous la toge, un homme ; à ma démarche agile,
On croirait, à ma faux, ma couronne de foin,
Que ma main a coupé tous les gazons au loin ;
Sous les armes, jadis, guerrier, je fis merveille ;
Je fus un moissonneur, armé de la corbeille ;
Je suis sobre au Forum ; mon front orné de fleurs
Semble d'un vin nouveau supporter les vapeurs ;
Je suis Bacchus, avec la mitre phrygienne ;
Apollon, s'il survient que sa lyre je tienne ;
Tantôt chasseur ou faune, avec rets et gluaux,
Dans mes filets je sais attirer les oiseaux ;
Tantôt je suis cocher ; d'une façon légère
Je saute d'un coursier sur l'autre en la carrière ;
La ligne en mains, je prends les poissons ; on me rend,
Avec tunique propre et traînante, marchand.
On dirait un berger s'avançant dans la plaine,
Quand je porte de fleurs une corbeille pleine,
Ma houlette avec moi. Ma gloire est, en mes mains,
De tenir les produits les plus beaux des jardins ;
Le concombre aux flancs verts, la courge monstrueuse,
Le chou qu'en ses nœuds tient l'herbe marécageuse.
En nul temps dans les prés ne s'élève une fleur
Qui ne vienne à mon front étaler sa couleur.
Ma disposition à changer de la sorte
Des Toscans me valut le vrai nom que je porte.

Rome, un de tes quartiers en faveur des Toscans
Montre encore aujourd'hui tes nobles sentiments,
Rappelant que ta force, avec la nôtre unie,
Vainquit de Tatius la puissance ennemie.
J'ai vu ses bataillons, sans honte ni pudeur,
Rompus, s'enfuir devant le Romain leur vainqueur.
Puisse de Jupiter la puissance suprême
Sous la toge n'offrir que de la paix l'emblème !

Six vers encor, Romains, pour aller jusqu'au bout !
Après cela, partez ! six vers, ce sera tout.

Avant Numa, j'étais un tronc grossier d'érable,
Fait à la serpe, pauvre, et pourtant agréable.
Dans mes jeux différents, d'une savante main,
Mamurius a su me produire en airain.
Puisse-t-il obtenir la gloire pour salaire,
Et qu'enfin à son corps la terre soit légère !