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poésie 82LECTURES

La ville de Rome

Longtemps avant qu'Enée atteignît ces parages,
L'endroit où tu vois Rome était des pâturages.
Evandre fugitif rassemblait ses troupeaux
Où l'on prie Apollon protecteur sur les eaux.
Nos sanctuaires d'or viennent des dieux d'argile
Qui ne rougissaient pas d'un humble domicile.
D'un roc nu Jupiter fulminait ses carreaux,
Le Tibre n'avait pas encor vu nos troupeaux.

Au pied du Palatin, cette maison modique
Des deux frères était le bien, l'empire unique.
Cette curie où siège aujourd'hui le Sénat
Recevait des cœurs fiers, des hommes sans éclat,
Et le son de la trompe, au sein d'une prairie,
Rassemblait cent bergers, soutiens de la patrie.
Les voiles n'ornaient point des théâtres l'ampleur ;
La scène, du safran n'exhalait pas l'odeur.
Soumis avec respect au culte de ses pères,
Nul n'enviait les dieux des races étrangères.
Sans qu'on mutile, au lustre, un coursier généreux,
Palès de foin, chaque an, avait de nouveaux feux.
Un âne, de Vesta promenait la statue
Heureuse sous les fleurs ; maigris par la charrue,
Les bœufs traînaient des dieux les vases de vil prix ;
Le berger, en chantant, leur offrait sa brebis,
Et le sang d'un porc gras coulait pour l'assistance
Au sein d'un carrefour de modeste importance.
Sous des peaux d'animaux le laboureur frappait
L'air de son fouet grossier, inculte et sans apprêt.
Des prêtres Fabiens, des fêtes où domine
La licence, telle est la première origine.
Le novice soldat sous le fer ne brillait ;
Avec des pieux chauffés alors il combattait.
Lucumon au guerrier du casque apprit l'usage :
Tatius des troupeaux seuls tirait avantage.

Nous eûmes comme chefs Lucumon, Tatius ;
Avec ses chevaux blancs triompha Romulus.
Rome, faible en ce temps, était loin de Boville ;
Des Gabiens éteints elle craignait la ville.
Elle redoutait Albe, alors d'un grand renom,
Qui d'une blanche laie avait reçu son nom,
Egalement placée entre Fidène et Rome.
Les fils de Romulus tout orgueilleux, et comme
S'ils avaient à rougir de son allaitement,
N'ont gardé que le nom de leur premier parent.

Pour tes dieux fugitifs quels endroits plus propices,
Ilion ? où voguer sous de meilleurs auspices !
Ni le cheval de bois ni ses Grecs ennemis
Ne te nuiront jamais. Les dieux l'avaient promis,
Lorsqu'entouré des bras de son vieux père, Enée
Vit le feu respecter sa noble destinée.
Les dieux nous ont donné Décius et Brutus,
Les traits que pour César nous réservait Vénus
Et qui de Troie, un jour, relèveront la gloire.
Tes dieux, Iule, ici conduisent la victoire
Si l'antique Sybille accorde à Romulus
De pouvoir expier le meurtre de Rémus,
Et si, prophétisant contre Priam, Cassandre,
Comme vraie, en ces mots a pu se faire entendre :
« Par ce cheval en vain vous vaincrez :
Ilion De ses cendres un jour verra surgir son nom ».
O louve du dieu Mars, quelle troupe immortelle
De héros a nourris le lait de ta mamelle !

Je veux célébrer Rome, en ma pieuse ardeur !
Quelque faible que soit ma voix pour sa grandeur,
Le peu que j'ai de sang, le peu que j'ai de vie,
Je le voue en entier à chanter ma patrie.
Que le docte Ennius se couvre du laurier !
Du lierre de Bacchus pour moi je serai fier,
Si par mes vers, Ombrie, en un temps je puis être
Callimaque romain au sol qui m'a vu naître.
En visitant vos murs au sein de vos vallons,
Puisse-t-on voir ma gloire illuminer vos fronts !
C'est pour toi que j'écris, ô Rome. Que surgisse
Sur mon chef des oiseaux le ramage propice !
Ton culte, tes autels et tes vieux monuments
De mes derniers coursiers soutiendront les élans.