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poésie 109LECTURES

La mort est inévitable

Près des lieux ombragés de l'Averse, où la mer
Vient, captive, en jouant, briser son flot amer,
Près de l'endroit où gît le trompette de Troie,
Où vit le souvenir d'Hercule dans sa voie,
Aux bords où ce héros signala sa valeur,
Où sonna la trompette en l'honneur du vainqueur,
Baïe offre ses bains tièdes, affreux rivage,
Que semble quelque dieu poursuivre de sa rage.
Ce lieu dans les enfers un héros engloutit,
Et sur les eaux du lac erre encor son esprit...
Rien ne l'a garanti. Sa valeur, sa naissance,
Sa force, de César la suprême puissance,
Ces voiles et ces vœux dans un théâtre plein,
Les vertus dont sa mère enseigna le chemin,
Rien n'arrêta sa mort, à sa vingtième année.
Un instant a tranché si belle destinée !

Ah ! rêvons orgueilleux triomphes, cris flatteurs,
Suffrages empressés, propos approbateurs !
Etalons aux regards le faste de Pergame,
Un jour, tout deviendra l'aliment de la flamme.
Pauvres, riches, petits, grands, faibles et puissants,
Nous serons entraînés par les mêmes courants ;
Tous, nous irons prier le triple et dur Cerbère,
Et charger de Charon la nacelle légère.
Le soldat sous le casque est soumis au trépas ;
Les armures d'airain ne l'en défendent pas.
La beauté de Nicée et la valeur d'Achille,
Les trésors, pour la mort sont matière inutile.
Les Grecs tombaient jadis sous un secret fléau,
Lorsqu'Achille sentit naître un amour nouveau.
Mais toi, triste nocher, qui fais passer les ombres.
Transporte ce héros loin des demeures sombres,
Auprès de Claudius, vainqueur des Siciliens,
Et de César, aux cieux, dans les honneurs divins.