Temps de lecture
1
min
poésie 56LECTURES

Invitation de Cynthie

Il est minuit ; voilà qu'à l'instant ma maîtresse
De me rendre à Tibur par sa lettre me presse,
Aux lieux où l'Anio précipite ses eaux,
Où deux tours aux flancs gris montrent leurs sommets hauts.
Que ferai-je ? Aux brigands, en bravant la nuit sombre,
Vais-je exposer mes jours dans l'épaisseur de l'ombre ?
Si je diffère un peu, l'objet de mes frayeurs
Ne sera désormais rien auprès de mes pleurs.
Ma maîtresse n'a pas la main toujours légère,
Et je fus une fois banni l'année entière...

Puis, quel homme oserait attaquer un amant ?
Scyron le laisserait passer impunément.
Nul monstre ne voudrait attenter à sa vie ;
Il peut tranquillement traverser la Scythie ;
Les astres et la lune éclairent son chemin ;
L'Amour va devant lui, ses flambeaux à la main,
D'une dent venimeuse écartant la morsure,
Et frayant à ses pieds la route la plus sûre.
Pourquoi verser un sang que protège Vénus,
Lorsqu'auprès d'une amante il ne bat même plus ?

Et quand devrait la mort m'atteindre tout à l'heure,
Pour le bonheur promis je consens que je meure.
Cynthie alors viendra de parfums et de fleurs
Me couvrir fréquemment en m'arrosant de pleurs.
Puisse-t-elle choisir un endroit solitaire
Où je reposerai loin des pas du vulgaire,
Sous un arbre touffu, sans crainte de passants
Qui viennent dans leur tombe insulter aux amants !
Une plage déserte à mon nom doit suffire ;
Que sur un grand chemin nul ne vienne le lire !