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poésie 85LECTURES

Avarice des femmes

Vous demandez pourquoi, la nuit, des femmes viles
Vendent cher des plaisirs en ruines fertiles.
De ces malheurs si grands la raison, la voici :
Le luxe forme seul notre unique souci ;
L'Inde nous donne l'or de ses mines profondes ;
La mer Rouge fournit les perles de ses ondes ;
La pourpre que produit le pays de Cadmus ;
Les parfums d'Arabie à nous seuls sont vendus.
Point de vertu du jour, qui ne livre ses charmes.
Pénélope, je crois, céderait à ces armes.
Couverte des trésors d'un homme sans valeur,
Chaque Romaine étale aux yeux son déshonneur.
La femme exige tout ; l'homme donne sans cesse ;
Tout plaisir retardé n'attend qu'une largesse.

Aux champs qui du soleil voient les premiers rubis,
Il existe une loi favorable aux maris.
Sous leurs époux défunts quand les flammes crépitent,
Les femmes au bûcher, en deuil, se précipitent.
C'est une lutte à qui le suivra dans la mort ;
Elles trouvent l'honneur à partager son sort,
Et les plus tendres vont, quand le feu le dévore,
Se pencher sur ses traits et l'embrasser encore.
A Rome, que fait-on ? La femme y vend son cœur ;
Plus d'Evadné fidèle ! Ici plus de pudeur !

Des temps de l'âge d'or trop heureuse jeunesse,
Les vergers, les moissons formaient votre richesse ;
Vous borniez votre faste aux produits de vos champs ;
La mûre en vos paniers composait vos présents ;
Le lis, la violette et les fleurs printanières
Brillaient entre l'osier tressé par vos bergères ;
Vous offriez des raisins de leur pampre couverts ;
Des oiseaux nuancés de plumages divers,
Et ces dons, sous les bois, dans de tendres caresses,
Vous valaient les baisers de vos chastes maîtresses ;
De simples peaux de faon couvraient seules vos dos ;
Sur un gazon touffu vous preniez le repos ;
A l'ombre d'un haut pin, sans crime, à votre vue,
Vos nymphes étalaient leur grâce toute nue.
Seul, un bélier, le soir, de l'Ida ramenait
Le troupeau qui, repu, sans peine le suivait.
Heureux bergers, les dieux prenaient votre défense ;
Vos foyers s'honoraient de leur douce présence ;
Poursuivez, disait Pan, en tous lieux, sur mes champs
Ou le lièvre timide ou l'oiseau ; j'y consens.
Même de la colline appelez, et, propice,
Je viendrai prendre part à ce double exercice.
Mais l'on fuit aujourd'hui les temples, les autels.
L'or est l'unique dieu qu'adorent les mortels ;
Il conduit aux emplois, il corrompt la justice,
Il honnit la vertu pour couronner le vice.

De la foudre pourtant Brennus se trouve atteint
Pour avoir d'Apollon pillé le temple saint,
Et ses soldats punis périssent sous la glace
Que de ses sommets verts fait pleuvoir le Parnasse.

Au mépris de la foi, Polydore, ton or
En un meurtrier changea l'hôte Polymnestor.
Pour l'or d'un bracelet, Eriphyle barbare,
Tu plongeas ton époux dans le sombre Tartare.

Rome, je le prédis, et puissé-je mentir !
Ta richesse, crois-moi, vise à t'anéantir.
Vains discours ! car je suis cette pauvre Cassandre
Que jadis les Troyens ne voulaient pas entendre.
Elle eût sauvé Priam et son trône à la fois ;
Mais les dieux vainement s'exprimaient par sa voix,
Quand d'Ilion sa bouche annonçait la ruine,
Et qu'un cheval de bois en serait l'origine.