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poésie 128LECTURES

À une nouvelle maîtresse

Ne crois pas que tes traits, ni que ta grâce touche
Celui qui pour la mer a déserté ta couche,
L'ingrat qui sacrifie une maîtresse au gain !
L'Afrique ne valut jamais tant de chagrin.
Tu comptes sur les dieux, sur sa vaine promesse,
Insensée ! Il en rit et son cœur te délaisse.

Vénus t'orna ; Pallas t'enseigna les beaux-arts ;
Le nom de ton aïeul t'attire les regards,
Et riche, tu prétends à quelque amant fidèle.
Je serai cet amant, si tu le veux, ma belle.
Toi qui pendant l'été produis de plus longs jours,
De ton char, ô Phébus, précipite le cours,
Et, durant cette nuit donnée à la tendresse,
Que Diane longtemps éclaire ma caresse !
Mais fixons tout d'abord nos traités et nos droits ;
D'une nouvelle ardeur établissons les lois.
Qu'Amour à ces traités ne voie aucun obstacle,
Sous les astres des nuits, ravis de ce spectacle.

Mais que de vains discours, que de moments perdus
Avant de nous livrer aux combats de Vénus !
Si deux cœurs ne sont joints par des bases certaines,
Aucun dieu d'une nuit ne vengera les peines.
Le caprice défait les nœuds qu'il a formés ;
Le premier pas nous doit garantir nos traités.
Son serment solennel, si l'un de nous l'oublie ;
Si vers de nouveaux nœuds il vole, et s'il se lie,
Qu'il ait tous les tourments d'un amant malheureux
Que des hommes il soit la risée en tous lieux :
Qu'à ses larmes jamais ne s'ouvre une fenêtre
Et qu'il meure d'amour sans en goûter, le traître !