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poésie 65LECTURES

À un ami

Pourquoi me reprocher ma paresse toujours
Et me dire qu'ici m'enchaîne mon amour !
Je n'ai plus dans ses bras l'aliment de ma flamme,
Sa voix ne me vient plus faire tressaillir l'âme,
Et le cœur de l'ingrate est de mon cœur aimant
Aussi loin que d'Hippane est le fleuve Eridan.

Il fut un temps, jadis, où mon cœur sut lui plaire.
Personne ne l'aima d'un amour plus sincère,
Mais l'envie, ou peut-être un dieu, pour mon malheur,
Fit germer au Caucase un philtre empoisonneur.
Pour moi quel changement ; et comme un long voyage
D'une femme aussitôt fait un être volage !
Je vois, seul, s'écouler la longueur de la nuit ;
De mes plaintes sans fin, seul, je perçois le bruit !
Heureux qui peut pleurer au sein de sa maîtresse !
L'Amour aime les pleurs ; heureux, dans sa tristesse,
L'amant trompé, qui peut fuir un cœur dédaigneux,
Et pour un nouveau joug former de nouveaux nœuds !
Pour moi, dans mon amour toujours resté fidèle,
Je n'aimai que Cynthie et je n'aimerai qu'elle.