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poésie 45LECTURES

À Tullus III

Etendu près du Tibre et dans un doux repos,
Aux coupes de Mentor versez le vieux Lesbos ;
Contemplez sur la mer vos nombreuses galères
Glissant diversement ou lentes ou légères,
Et leurs mâts vers le ciel élevant leurs sommets
Semblables à ces bois qui couvrent les forêts.
Tous vos biens valent moins que ne vaut ma tendresse ;
Mon amour est plus grand que n'est votre richesse.
Que Cynthie à mes vœux abandonne la nuit,
Qu'elle se livre à moi lorsque l'ombre s'enfuit ;
Le Pactole à mes pieds roule l'or de ses ondes ;
J'ai les trésors cachés au sein des mers profondes.
Les rois même seront de mon bonheur jaloux.
Puissent durer toujours des plaisirs aussi doux !
Sans amour il n'est pas d'heureux dans l'opulence ;
Nul bien si de Vénus poursuit l'indifférence.
Vénus peut des héros abattre les grands cœurs,
Dans une âme impassible apporter les douleurs,
Franchir les seuils dorés des portes opulentes,
Se venger contre un lit aux couleurs éclatantes
Et s'attacher au flanc d'un amant malheureux,
Sans respecter l'orgueil des tissus précieux.
Que Vénus me protège et je rirai sans cesse
Des rois, d'Alcinoüs et de toute richesse.