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poésie 47LECTURES

À Postume

Postume, de Galla tu méprises les pleurs,
Pour suivre de César les étendards vainqueurs.
Le butin sur le Parthe ou son ardeur guerrière
Peuvent-ils de Galla balancer la prière ?
Ah ! malédiction à l'homme avare et vain
Qui préfère la guerre aux douceurs de l'hymen !
De ta soif, à l'Araxe, apaisant la torture,
Quand tu te pencheras sous ta brûlante armure,
Ta languissante épouse, en proie à la terreur,
Craindra pour toi l'effet de ta bouillante ardeur ;
Elle croira te voir sous l'ardent sagittaire,
Sous les coursiers dorés rouler sur la poussière,
Ou recevoir, en pleurs, tes débris tout sanglants.
Tel le soldat revient du milieu de ces camps.

Postume, trop heureux, ton ardeur belliqueuse
Ne devait pas avoir femme aussi vertueuse.
Pourra-t-elle dans Rome, école d'impudeur,
Au milieu des écueils aller sans défenseur !
Sois paisible ; Galla, dans sa vertu suprême,
Triomphera de tout, de ta dureté même,
Et, vainqueur du destin, tu prendras dans tes bras,
Suspendus à ton cou, ses pudiques appas,
Nouvel Ulysse, fier d'une autre Pénélope !

Par dix ans, sans regrets, le temps se développe,
Tandis qu'Ulysse vainc les Cicones, Calpé,
Polyphème dont l'œil est par sa main crevé.
Sa vertu par Circé n'est nullement surprise,
Et les sucs du lotos sur lui n'ont point de prise ;
De Scylla, de Charybde il surmonte les eaux ;
Ses soldats du Soleil dévorent les taureaux
Que tenait sous sa garde et paissait Lampérie,
Sans que d'Ulysse rien ne ternisse la vie ;
De Calypso trop tendre il se soustrait aux pleurs ;
Puis, lorsqu'il a sur mer prolongé ses erreurs,
Evité le détroit périlleux des Sirènes,
Il va voir de l'enfer les ténébreuses plaines ;
Son arc le débarrasse enfin de ses rivaux,
Et quand il a par là terminé ses travaux,
Pénélope l'accueille exempte de tout vice,
Et Galla renchérit sur l'épouse d'Ulysse.