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À Ponticus

De Thèbes dans tes vers tu chantes les combats,
Des frères ennemis la rage armant le bras,
Et tu prétends lutter contre le vieil Homère,
Ponticus. Qu'à tes chants le destin soit prospère.
Pour moi, je continue à célébrer l'amour
Et contre ses rigueurs à lutter chaque jour.
J'écoute mes douleurs autant que mon génie
En déplorant les maux de ma première vie.
C'est là mon seul travail : tel est mon seul désir,
C'est par là que j'entends vivre dans l'avenir.
Je veux que la beauté proclame ma tendresse,
Ma constance à servir une dure maîtresse,
Et qu'à leur tour aussi les amants malheureux
Trouvent dans mes chagrins une leçon pour eux.

Si l'Amour t'atteignait, et, le ciel me protège !
T'inspirait pour Cynthie une ardeur sacrilège,
Alors désespéré d'un effort impuissant
Pour dire des combats sous sept chefs renaissant,
Vainement tu voudras demander à ta lyre
Des vers tendres et doux que, seul, l'Amour inspire.
Tu me verras alors devenir grand soudain,
Aussi grand que ne fut nul poète romain.
Oui, les jeunes amants inscriront sur ma pierre :
« Ci-gît de nos fureurs le peintre qu'on révère ».

Crains donc de rabaisser et mon genre et mes vers,
Et d'un amour tardif ignore les travers.