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poésie 86LECTURES

À lui-même

Je croyais de l'Amour n'avoir plus rien à craindre,
Mais déjà ses filets sont revenus m'étreindre,
Et mon faible courage, à peine un mois passé,
Dans un livre nouveau se trouve embarrassé.
Je cherchais au poisson le bonheur sur le sable !
Au sanglier dans la mer un séjour agréable,
A moi les longs soucis de pénibles travaux.
Distrayez-vous. L'Amour vous poursuit sans repos.

Ses beaux traits n'ont pas seuls captivé ma jeunesse.
(Car le lis est moins blanc que ma belle maîtresse,
Et son teint réunit, dans un merveilleux ton,
La fraîche rose au lait, la neige au vermillon.)
Ce ne sont pas ses yeux, mes étoiles brillantes,
Ni ses cheveux couvrant ses épaules charmantes,
Ni les tissus légers révélant ses contours.
(Des chimères jamais n'enflamment mes amours !)
Lorsque son pied s'agite en des danses bruyantes,
Je crois voir Ariadne au milieu des bacchantes ;
Quand sa lyre résonne et vibre sous sa main,
De l'égaler Corinne essayerait, mais en vain.
C'est la Muse entraînant dans ses vers ; avec elle
Erynna ne pourrait entrer en parallèle.

De quels grands biens l'Amour entoura ton berceau !
Le jour que tu naquis, quel prodige nouveau !
Les dieux t'ont départi leur faveur la plus chère ;
Tes charmes ne sont pas un présent de ta mère.
Elle a pu dix grands mois te porter dans son sein ;
Mais tous ces biens dans toi sont d'un être divin.
Des Romaines, un jour, la gloire la plus belle,
Tu t'en iras jouir de la couche immortelle
Du puissant Jupiter, et tu dois aux destins
D'avoir, après Hélène, étonné les humains.
Pour brûler il suffit un instant qu'on te voie.
Mieux qu'Hélène Cynthie aurait embrasé Troie !

Que l'Europe et l'Asie eussent eu des combats
Pour Hélène, mon cœur ne le comprenait pas.
Mais Ménélas fit bien de vouloir la reprendre ;
Pâris fit sagement, refusant de la rendre.
Il n'eût pas été trop de voir pour ta beauté
Achille avec Priam par la mort emporté.

De nos peintres fameux pour surpasser l'adresse,
Sur la toile peignez, comme elle est, ma maîtresse,
Et vous enflammerez, la montrant tour à tour,
Les endroits où finit, où commence le jour.
Puisse une mort cruelle anéantir mon âme,
Si jamais je brûlais d'une nouvelle flamme !

Indocile d'abord, à la fin, le taureau,
Du joug qui le gênait, s'habitue au fardeau.
De même le jeune homme, au dieu d'amour rebelle,
Insensible se plie aux rigueurs d'une belle.
Mélampe supporta le poids des fers honteux
Pour avoir d'Iphiclus osé ravir les bœufs.
Péro de ce larcin fut la cause première,
La même qu'épousa de Mélampe le frère.