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À Gallus

Cesse, envieux ami, l'importune prière,
Et de front tous les deux suivons notre carrière.

Insensé ! tu prétends éprouver mes tourments !
Mais c'est vouloir brûler des feux les plus ardents,
A des maux inconnus sacrifier sa vie,
Ou boire les poisons produits en Thessalie.

Ma maîtresse n'est point empressée à tous vœux,
Et ses emportements sont toujours sérieux.
Si pour toi de faveurs elle n'est point avare,
Tremble, tu ne sais pas l'ennui qu'elle prépare.
Elle seule soumet les plus farouches cœurs.
Au lieu d'un doux sommeil tu n'auras que des pleurs.
Que de fois méprisé, faible devant l'offense,
Ami, tu fléchiras, évitant sa présence !
Je verrai ton chagrin, j'entendrai tes sanglots ;
Ta pâleur sur tes traits révélera tes maux,
Car tu ne pourras plus t'exprimer pour te plaindre,
Malheureux, méconnu, capable de tout craindre !
Ah ! de Cynthie alors tu connaîtras l'humeur.
De ses cruels refus maudissant la hauteur,
De mes traits altérés tu sauras le mystère,
Et de cette maigreur de ma personne entière.
Ne te repose pas sur tes nobles aïeux :
Les tableaux enfumés pour l'amour sont des jeux.
Si jamais le secret de ta flamme transpire,
D'un public dédaigneux supportant la satire,
Vainement tu viendras réclamer du repos
Près d'un cœur impuissant à supporter ses maux,
Et tous les deux, amants épris des mêmes charmes,
Nous ne pourrons, hélas ! que confondre nos larmes.
De Cynthie, ô Gallus, ignore les ardeurs ;
Car elle fait payer chèrement ses faveurs.