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poésie 40LECTURES

À Démonphoon

Plusieurs belles, hier, me plurent à la fois.
Tous mes maux cependant, ami, je les leur dois ;
Mais jamais à mes yeux la place ou le théâtre
Ne m'offre un beau minois que je ne l'idolâtre.
Qu'à ma vue un acteur étale un bras charmant ;
Qu'il ait l'art de toucher par la douceur du chant ;
Qu'une femme découvre un sein blanc comme neige ;
De cheveux vagabonds que son chef soit le siège,
Richement rehaussés de perles au sommet,
Mes yeux cherchent toujours le coup qui les soumet,
Et si l'espoir fléchit sous un regard sévère,
Une froide sueur m'inonde jusqu'à terre.

Devant tant de beautés je frissonne. Pourquoi ?
Tu l'ignores ! Chacun a son faible dans soi.
Sans pouvoir expliquer les passions humaines,
Tel se meurtrit au son des flûtes phrygiennes,
Sous les couteaux sacrés faisant couler son sang.
Moi, l'Amour me poursuit et s'attache à mon flanc.
Et quand de Thamyris j'aurais le sort horrible,
Mon cœur pour la beauté ne peut être insensible.

Peut-être trouves-tu mes membres sans vigueur.
Mais avec moi Vénus ignore la lenteur !
Sache-le ; car je puis dans la nuit, sans faiblesse,
Fournir tous les combats qu'exige ma maîtresse.
Alcmène à ses côtés eut le maître des dieux ;
Par deux nuits Jupiter fut éloigné des cieux,
Et pour lancer la foudre eut-il moins de puissance !
L'amour ne s'éteint pas par excès de vaillance.
Des bras de Briséis en dégageant les siens,
Achille faisait fuir les bataillons troyens,
Et lorsque Hector quittait la couche d'Andromaque,
Les Grecs craignaient-ils moins sa vigoureuse attaque ?
L'un et l'autre brûlaient et détruisaient encor.
Moi, je suis en amour un Achille, un Hector.

Phœbé fuit ; le soleil alors commence à luire.
Une maîtresse ainsi ne me saurait suffire.
A mes vœux enflammés si l'une ne vient pas,
Qu'une autre me réchauffe et me tienne en ses bras ;
Qu'elle n'ignore pas, rejetant mon message,
Qu'aussitôt sa rivale accepte mon hommage.
Deux ancres près du bord fixent mieux les vaisseaux ;
La mère avec deux fils redoute moins les maux.

Qu'une femme, à son gré, m'accepte ou me refuse,
Mais que jamais de moi sa fausseté n'abuse,
Car je ne connais pas de chagrin plus cuisant
Que la déception qui fond sur un amant.
Qu'il pousse de soupirs sur son lit solitaire !
Il la croit voir aux bras d'un autre qui la serre,
Il tremble de savoir. Hélas ! le malheureux,
Il cherche des secrets dont il craint les aveux.