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poésie 186LECTURES

À Cynthie VII

Cynthie, oh non ! la mort ne me parait pas dure ;
Je consens à payer tribut à la nature,
Mais je crains au bûcher de perdre ton amour,
Et ce penser me rend affreux le dernier jour.

Mon cœur brûla pour toi d'une flamme trop tendre,
Pour que tu ne sois plus vivante dans ma cendre.
Dans les lieux ténébreux, le froid du noir trépas
N'éteignit point l'ardeur du roi Protésilas.
Pour jouir des baisers de sa Léodamie,
Il revit son palais aux champs de Thessalie.
Pour moi, même entouré des beautés d'Ilion,
Quelque ingrate pourtant que tu sois, ces forêts,
Ces déserts rediront ma Cynthie, à jamais.
Que prépara la guerre aux Grecs d'Agamemnon,
Chez les mânes, partout conservant ton image,
Je ne verrai que toi sur l'infernale plage.
Leurs grâces n'offriront aucun charme pour moi,
Car la terre ne peut voir s'amoindrir ma foi.
Quand le ciel t'octroierait une longue vieillesse,
Tous mes os à ta mort seront dans la tristesse.
Si ton amour au mien reste égal, au tombeau,
Le trépas, quel qu'il soit, me sera doux et beau ;
Mais je crains, du bûcher quand s'éteindra la flamme,
Qu'un autre ne survienne, et, captivant ton âme,
Ne tarisse les pleurs que sur moi tu répands.
La constance fléchit sous les traits des amants.
Quand le temps le permet, aimons-nous, ma Cynthie.
L'amour, eût-il un siècle, est un point dans la vie.