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poésie 52LECTURES

À Cynthie VI

Ces déserts sont muets devant ma plainte amère,
Zéphyr anime seul ce séjour solitaire,
Et l'on peut à ces lieux confier ses secrets
A moins que les rochers ne restent plus discrets.

De tes premiers dédains quelle est donc l'origine,
La cause des sanglots qui brisent la poitrine
De l'amant qui régnait naguère sur ton cœur ?
D'où vient de ton amour la nouvelle froideur ?
Qu'ai-je fait ? Subis-tu l'effet de quelque charme,
Ou crains-tu de ma part un amour qui t'alarme ?
Ah ! reviens, s'il est vrai que nulle autre après toi
De sa beauté jamais ne m'imposa la loi !
Non, malgré ta rigueur contre moi trop sévère,
Jamais à ce degré ne viendra ma colère ;
Non, je n'irai jamais par ce crime odieux
De tes larmes ternir l'éclat de tes beaux yeux.
Mais de mon inconstance où vois-tu quelque signe ?
Lis-tu sur mon visage un trait qui la désigne ?
Amants de vos forêts, vous m'en êtes témoins,
Hêtres ! et vous, hauts pins, de Pan les tendres soins !
Que de fois j'ai tracé son nom sur votre écorce !
Que je l'ai dit souvent sous votre ombre avec force !
Victime accoutumée à tant de cruauté,
Sans répondre à l'outrage ou braver sa fierté,
A vous seuls j'ai commis le secret de ma peine.
Instruit à tout souffrir sans trahir l'inhumaine,
A travers les rochers, auprès des clairs ruisseaux,
Je trouve, solitaire, un remède à mes maux,
Et, malgré les tourments qui sur moi peuvent fondre,
Au seul chant des oiseaux ma plainte vient répondre.