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poésie 58LECTURES

À Bacchus

Aux pieds de tes autels j'élève ma prière.
Rends la paix à mes sens, ô Bacchus, ô mon père !
De l'ardente Vénus, tu peux, dans la boisson,
Combattre les effets de l'amoureux poison.
Tu formes, tu détruis l'union de deux âmes.
Viens éteindre en mon cœur de trop funestes flammes.
Par des lynx Ariadne, emportée en les cieux,
Prouve que de l'Amour tu ressentis les feux.

Hélas ! un feu cruel circule dans mes veines !
Le vin seul ou la mort peut terminer mes peines,
Car la crainte et l'espoir d'un malheureux amant,
Seul, à jeun, dans son lit, la nuit font le tourment.

Si, grâce à tes faveurs, le sommeil que j'implore
Viens apaiser mon sang et ma paupière clore,
J'irai planter ta vigne aux penchants des coteaux,
Et j'en écarterai les malfaisants troupeaux,
Jusqu'au jour où la grappe, en mes cuves posée,
Laissera sous le pied voir sa couleur rosée.
Le reste de mes ans, je consacre ma voix
A dire de Bacchus la gloire et les exploits,
Je chanterai la foudre éclairant ta naissance !
Les Silènes chassant l'Indien par leur présence :
Lycurgue, furieux, froissant ton jeune plant ;
Penthée entre les mains des Bacchantes mourant ;
Les matelots changés, s'élançant dans les ondes,
Nageant, dauphins nouveaux, au sein des eaux profondes,
Naxos, sous les parfums de ses ruisseaux de vin,
Où l'heureux habitant peut s'abreuver sans fin.
Je veux voir sur ton front la mitre lydienne ;
Que sur ton cou le lierre en longs festons se tienne,
Que l'huile te parfume et, sur tes beaux pieds nus,
Qu'une robe à longs flots déroule ses tissus.
Cybèle, dont le front des tourelles étale,
Ainsi que sur l'Ida, frappera sa cymbale ;
Thèbes agitera son joyeux tambourin ;
Les Satyres pour toi diront un gai refrain,
Et, devant tes autels, en main la coupe pleine,
Un prêtre d'un vin pur inondera l'arène.
Pour chanter dignement une telle grandeur,
Je prendrai de Pindare et le ton et l'ampleur.
Mais viens d'un joug hautain briser la tyrannie ;
Calme dans le sommeil les soucis de ma vie.