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poésie 96LECTURES

Mon enterrement

Ce matin, je ne sais comment,
Je vois d’Amours ma chambre pleine ;
J’étais couché, sans mouvement.
Il est mort, disaient-ils gaîment ;
De l’inhumer prenons la peine.
Lors je maudis entre mes draps
Ces dieux que j’aimais tant à suivre.
Amis, si j’en crois ces ingrats,
Plaignez-moi (bis.), j’ai cessé de vivre. (bis.)

De mon vin ils prennent leur part ;
Ils caressent ma chambrière :
L’un veut guider le corbillard,
Et l’autre d’un ton nasillard
Me psalmodie une prière.
Le plus grave ordonne à l’instant
Vingt galoubets pour mon escorte :
Mais déjà la voiture attend.
Plaignez-moi, voilà qu’on m’emporte.

Causant, riant, faisant des leurs,
Les Amours suivent sur deux lignes :
Le drap, où l’argent brille en pleurs,
Porte un verre, un luth et des fleurs,
De mes ordres joyeux insignes.
Maint passant, qui met chapeau bas,
Se dit : Triste ou gai, tout succombe !
Les Amours font hâter le pas.
Plaignez-moi, j’arrive à ma tombe.

Mon cortège, au lieu de prier,
Chante là mes vers les plus lestes.
Grâce au ciseau du marbrier,
Une couronne de laurier
Va d’orgueil enivrer mes restes.
Tout redit ma gloire en ce lieu,
Qui bientôt sera solitaire.
Amis, j’allais me croire un dieu :
Plaignez-moi, voilà qu’on m’enterre.

Mais d’aventure, en ce moment,
Par là passait mon infidèle.
Lise m’arrache au monument ;
Puis encor, je ne sais comment,
Je me sens renaître auprès d’elle.
De la vie et de ses douceurs
Vous, qu’à médire l’âge excite,
Vous du monde éternels censeurs,
Plaignez-moi ; car je ressuscite.