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poésie 76LECTURES

Les champs

Rose, partons ; voici l’aurore :
Quitte ces oreillers si doux.
Entends-tu la cloche sonore
Marquer l’heure du rendez-vous ?
Cherchons loin du bruit de la ville,
Pour le bonheur un sûr asile.
Viens aux champs couler d’heureux jours ;
Les champs ont aussi leurs amours.

Viens aux champs fouler la verdure,
Donne le bras à ton amant ;
Rapprochons-nous de la nature
Pour nous aimer plus tendrement.
Des oiseaux la troupe éveillée
Nous appelle sous la feuillée.
Viens aux champs couler d’heureux jours ;
Les champs ont aussi leurs amours.

Nous prendrons les goûts du village ;
Le jour naissant t’éveillera :
Le jour mourant sous le feuillage
À notre couche nous rendra.
Puisses-tu, maîtresse adorée !
Te plaindre encor de sa durée !
Viens aux champs couler d’heureux jours ;
Les champs ont aussi leurs amours.

Quand l’été vers un sol fertile
Conduit des moissonneurs nombreux ;
Quand, près d’eux, la glaneuse agile
Cherche l’épi du malheureux ;
Combien, sur les gerbes nouvelles,
De baisers pris aux pastourelles !
Viens aux champs couler d’heureux jours ;
Les champs ont aussi leurs amours.

Quand des corbeilles de l’automne
S’épanche à flots un doux nectar,
Près de la cuve qui bouillonne
On voit s’égayer le vieillard ;
Et cet oracle du village
Chante les amours d’un autre âge.
Viens aux champs couler d’heureux jours ;
Les champs ont aussi leurs amours.

Allons visiter des rivages
Que tu croiras des bords lointains.
Je verrai, sous d’épais ombrages,
Tes pas devenir incertains.
Le désir cherche un lit de mousse ;
Le monde est loin, l’herbe est si douce !
Viens aux champs couler d’heureux jours ;
Les champs ont aussi leurs amours.

C’en est fait ! Adieu, vains spectacles !
Adieu, Paris, où je me plus ;
Où les beaux-arts font des miracles,
Où la tendresse n’en fait plus !
Rose, dérobons à l’envie
Le doux secret de notre vie.
Viens aux champs couler d’heureux jours ;
Les champs ont aussi leurs amours.