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poésie 85LECTURES

Le mauvais vin

Béni sois-tu, vin détestable !
Pour moi tu n’es point redoutable,
Bien qu’au maître de ce banquet
Des flatteurs vantent ton bouquet.
Arrose donc, fade piquette,
Les fleurs peintes sur mon assiette.
Vive le vin qui ne vaut rien !
Notre santé s’en trouve bien.

Car, si tu m’invitais à boire,
Bientôt je perdrais la mémoire
Du docteur, qui me dit toujours :
« Pour vous c’est assez des amours.
« Chantez Bacchus ainsi qu’un prêtre
« Parle de Dieu sans le connaître. »
Vive le vin qui ne vaut rien !
Notre belle s’en trouve bien.

Car, si tu portais à l’ivresse,
Certaine Espagnole en détresse,
Ce soir, pourrait bien, je le sens,
Mettre à sec ma bourse et mes sens ;
Et Lisette, qui tient ma caisse,
Aurait à souffrir de la baisse.
Vive le vin qui ne vaut rien !
Notre raison s’en trouve bien.

Car, si tu réchauffais ma veine,
Armé de vers forgés sans peine,
Tout en chantant je tomberais
Peut-être au milieu d’un congrès ;
Puis j’irais, pour démagogie,
En prison terminer l’orgie.
Vive le vin qui ne vaut rien !
Notre gaîté s’en trouve bien.

Car en prison l’on ne rit guère.
Mais, vin à qui je fais la guerre,
Tu disparais, et sous mes yeux
Mousse un nectar digne des dieux.
Au risque d’une catastrophe,
Versez-m’en, je suis philosophe.
Versez ! versez ! je ne crains rien ;
Du bon vin je me trouve bien.