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poésie 104LECTURES

La mort de Charlemagne

Dans le vieux Roman de la Rose
J’ai vu que le fils de Pépin,
Redoutant son apothéose,
Disait à l’évêque Turpin :
« Prélat, sois bon à quelque chose ;
« L’âge m’accable, guéris-moi. »
« Oui, lui dit Turpin, et vive le roi ! » (bis.)

« Turpin, sais-tu qu’on me répète
« Ce mot-là depuis bien long-temps ? »
Turpin répond : « J’ai la recette
« D’un cœur de vierge de vingt ans.
« Fleur de vingt ans, vertu parfaite,
« Vous rajeunira, sur ma foi.
« Sauvons la patrie, et vive le roi ! »

Vite un décret de Charlemagne
Met un haut prix à ce trésor,
On cherche à Rome, en Allemagne ;
Même en France on le cherche encor.
Les curés cherchaient en campagne,
Disant : « Ce prince plein de foi
« Doublera la dîme, et vive le roi ! »

Turpin d’abord trouve lui-même
Cœur de vingt ans non profané ;
Mais un bon moine de Télème
Le croque à l’instant sous son nez.
Quoi ! sans respect du diadème ?
« Oui, dit le moine, c’est ma loi.
« L’église avant tout, et vive le roi ! »

Un juge, espérant la simarre,
Loin de Paris cherche si bien,
Qu’il découvre aussi l’oiseau rare
Qu’attendait le roi très-chrétien.
Un seigneur dit : « Je m’en empare ;
« Le droit de jambage est à moi.
« Tout pour la noblesse, et vive le roi ! »

« Je serai duc ! » s’écrie un page,
Dénichant enfin à son tour
Fille de vingt ans neuve et sage,
Que soudain il mène à la cour.
On illumine à son passage ;
Et le peuple, qui sait pourquoi,
Chante un te deum, et vive le roi !

Mais, en voyant le doux remède,
Le roi dit : « C’est l’esprit malin.
« Fi donc ! cette vierge est trop laide ;
« Mieux vaut mourir comme un vilain. »
Or, il meurt, son fils lui succède,
Et Turpin répète au convoi :
« Vite, qu’on l’enterre, et vive le roi ! »