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poésie 81LECTURES

La fortune

Pan ! pan ! est-ce ma brune,
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c’est la Fortune :
Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Tous mes amis, le verre en main,
De joie enivrent ma chambrette.
Nous n’attendons plus que Lisette :
Fortune, passe ton chemin.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c’est la Fortune :
Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Si l’on en croit ce qu’elle dit,
Son or chez nous ferait merveilles.
Mais nous avons là vingt bouteilles,
Et le traiteur nous fait crédit.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c’est la Fortune :
Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Elle offre perles et rubis,
Manteaux d’une richesse extrême.
Eh ! que nous fait la pourpre même ?
Nous venons d’ôter nos habits.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c’est la Fortune :
Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Elle nous traite en écoliers,
Parle de gloire et de génie.
Hélas ! grâce à la calomnie,
Nous ne croyons plus aux lauriers.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c’est la Fortune :
Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Loin des plaisirs, point ne voulons
Aux cieux être lancés par elle :
Sans même essayer la nacelle
Nous voyons s’enfler ses ballons.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c’est la Fortune :
Pan ! pan ! je n’ouvre pas.

Mais tous nos voisins attroupés
Implorent ses faveurs traîtresses :
Ah ! chers amis, par nos maîtresses
Nous serons plus gaîment trompés.

Pan ! pan ! est-ce ma brune,
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c’est la Fortune :
Pan ! pan ! je n’ouvre pas.