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poésie 197LECTURES

L'hiver

Les oiseaux nous ont quittés ;
Déjà l’hiver qui les chasse
Étend son manteau de glace
Sur nos champs et nos cités.
À mes vitres scintillantes
Il trace des fleurs brillantes ;
Il rend mes portes bruyantes,
Et fait grelotter mon chien.
Réveillons, sans plus attendre,
Mon feu qui dort sous la cendre.
Chauffons-nous, chauffons-nous bien. (bis.)

Ô voyageur imprudent !
Retourne vers ta famille.
J’en crois mon feu qui pétille ;
Le froid devient plus ardent.
Moi, j’en puis braver l’injure :
Rose, en douillette, en fourrure,
Ici, contre la froidure
Vient m’offrir un doux soutien.
Rose, tes mains sont de glace ;
Sur mes genoux prends ta place.
Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

L’ombre s’avance, et la nuit
Roule son char sur la neige.
Rose, l’amour nous protége ;
C’est pour nous que le jour fuit.
Mais un couple nous arrive ;
Joyeux amis, beauté vive,
Entrez tous deux sans qui-vive !
Le plaisir n’y perdra rien.
Moins de froid que de tendresse,
Autour du feu qu’on se presse.
Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

Les caresses ont cessé
Devant la lampe indiscrète.
Un festin que Rose apprête,
Gaîment par nous est dressé.
Notre ami s’est fait, à table,
D’un brigand bien redoutable
Et d’un spectre épouvantable
Le fidèle historien.
Tandis que le punch s’allume,
Beau du feu qui le consume,
Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

Sombre hiver, sous tes glaçons
Ensevelis la nature ;
Ton aquilon, qui murmure,
Ne peut troubler nos chansons.
Notre esprit, qu’amour seconde,
Au coin du feu crée un monde
Qu’un doux ciel toujours féconde,
Où s’aimer tien lieu de bien.
Que nos portes restent closes,
Et, jusqu’au retour des roses,
Chauffons-nous, chauffons-nous bien.