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poésie 60LECTURES

Il mio Tesoro

Mon amour est animé comme la vie,
Sans bornes comme l’infini.
Schiller.
. . . . . . . . . . . Une chaîne me lie,
Que je ne romprai pas ! . . . . . .
Victor Hugo.


V......, nom mystique émané d’un beau rêve,
Nom vague, primitif, pur comme celui d’Ève,
Nom créé par l’amour et créé pour moi seul,
Dont je me souviendrai jusques dans le linceul,
Dis, n’es-tu pas heureux de nager dans l’arôme
Qu’élève autour de toi mon ame, ton royaume,
Comme une almé se plonge et nage en souriant
Dans un bain tout rempli des senteurs d’Orient ?...
– Oh ! c’est que j’ai pour toi, dans ma chaude poitrine,
Des prédilections d’essence si divine !...
C’est que j’émets vers toi, mon idéal flambeau,
D’ardeurs et de soupirs un cortége si beau !...
– Le Doute et la Raison, couple mélancolique,
M’ont dépeuplé jadis tout le ciel catholique :
Depuis long-tems j’ai dit un solennel adieu
À l’absolvo du prêtre, aux hymnes du saint lieu.
Mais le doux mysticisme, ange d’or et de flamme,
Ne s’est pas pour cela retiré de mon ame !
Ma ferveur ne s’est pas éteinte !... seulement,
Je lis un autre nom sur le bleu firmament. –
À toi seul mes trésors de pieuse tendresse,
Nom suave et chéri de ma dame et maîtresse !
Pour m’imprégner d’extase et de dévotion,

Toi seul es assez riche en fascination !
– Hélas ! autour de toi, ma jolie émeraude,
Mon sens intuitif nuit et jour veille et rôde...
Tant je crains le serpent social !... tant j’ai peur
Qu’il n’étende sur toi sa morbide vapeur !
Tant j’appréhende, hélas ! que cette haleine immonde
Ne te fasse tomber aux préjugés du monde,
Comme une pauvre étoile aux fanges d’un marais ! –
Que je voudrais, mon Dieu ! mon Dieu, que je voudrais
T’enserrer, te cacher à toujours dans l’abîme
De mon amour profond, de ma pensée intime !...
Dans l’arcane pieux, fidèle, protecteur,
Du centre de mon cœur !... dans le cœur de mon cœur !...

(Tiré d’un poème inédit sur l’Amour Platonique.)

1833.