Three Fingered Jack, l'obi

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Romantisme noir et poésie fiévreuse caractérisent l'œuvre de Pétrus Borel. Se surnommant lui-même le « lycanthrope », il travaille beaucoup et cherche à se faire publier mais ne parvient  [+]

LA JAMAÏQUE.

... Tous nés sur cette terre,
Portez comme des chiens la chaîne héréditaire,
Demeurez en hurlant...
Pour Jacoub, il est libre, il retourne au désert.
ALEXANDRE DUMAS.

When fortune means to men most good,
The louks upon them with a threat’ning eye.
SHAKESPEARE.

Ambitieux à jalouse, corsaire à corsaire et demi.
ANDRÉ BOREL.


I. Next night, at the three palm-trees

— Abigail, Abigail, contez-nous, contez-nous un conte !… criait une troupe d’enfants à peau d’ébène, d’ivoire, de buis ou de cuivre, qui, suçant de longues cannes à sucre, jouaient sur le gravier, aux pieds d’une jeune noire, naïvement belle, parée d’une simple toile. Abigail — c’était le nom que lui avait imposé son maître puritain –, assise à terre à la porte d’une riche habitation, portait, juchée sur son joli doigt, un haras blanc qu’elle caressait ; tantôt, lui fredonnant cet air créole des Antilles françaises, dont assurément elle ignorait le sens :

Mounché Béqué li un boun blan, Quand li coqué li payé comptant, Résonnablement !

tantôt, calme, mélancolique, la tête penchée sur l’épaule, elle paraissait enfouie dans les rêves intuitifs d’un bonheur à venir, dont se bercent toutes jeunes femmes.

— Abigail ! mais contez-nous donc un conte, criait toujours la marmaille : nous serons bien sages, nous ne battrons plus le petit John Blackheat !

La jeune fille fut arrachée à sa douce méditation.

— Mais, enfants, que me voulez-vous ?

— Un conte, Abigail !

— Un conte, je n’en sais pas, petits amis.

— Si, si, si, celui des pikarouns, tu sais ?… qui t’emportaient, et où l’obi, tu sais ?…

Alors Abigail, tout en passant les doigts dans les plumes de son haras, commença d’une voix lente, et toute la marmaille ouvrit de grands yeux noirs et de grandes bouches à quenottes blanches.

En ce temps-là, on était en guerre, et les pikarouns de Hispaniola — San Domingo — la nuit faisaient souvent des descentes dans l’île ; ils enlevaient les noirs endormis dans leurs cases, pour les revendre au marché de leur pays. Cette fois, malgré la vigilance des seize bâtiments garde-côtes, ils s’étaient glissés dans une crique, et aventurés jusqu’aux abords de Sainte-Anne. Arrivés ici, tous armés jusqu’aux dents, ils s’introduisirent à pas de loup dans la plantation ; ils avaient déjà emporté une centaine de noirs dans leurs sloops, quand ils arrivèrent à la case où dormait Abigail, votre bonne, qui vous aime quand vous êtes gentils ; plusieurs hommes qui ressemblaient à des monstres dans l’ombre s’y précipitèrent, me saisirent toute sommeillante, me lièrent les bras, et m’entraînèrent vers le rivage.

Remarquez bien, petits amis, que ces hommes méchants étaient blancs, mais, quoique blancs, ils ne parlaient pas comme les blancs d’ici, leurs mots qu’ils grondaient comme des chiens, finissaient tous en o ou en a. Les sloops chargés de pauvres noirs qui pleuraient et criaient malgré leurs bâillons, voguaient au large, et moi-même j’étais dans un canot avec les dernierspikarouns restés en vigie ; à peine fut-il démarré et lancé à quelques verges de la côte, que nous entendîmes comme le bruit d’un corps tombant dans l’eau, et aussitôt nous distinguâmes un noir qui nageait en hâte vers nous. — Que biba ?… crièrent les pikarouns, ce qui veut dire sans doute en leur baragouin : gare à nous.

L’homme nageait impétueusement entre deux eaux, et s’étant approché du canot dont il avait saisi le bord d’une main, un de ces sauvages leva une hache pour le frapper alors que, sortant à demi de la mer et donnant de tout son poids une secousse à la barque, il la renversa sur lui, la faisant chavirer et submergeant tous ceux qui la montaient.

Je reparus bientôt à la surface, et, soudainement, je me sentis étreinte par le milieu du corps. Portée pour ainsi dire sur la rive par le grand noir qui avait fait chavirer le canot, là, j’étais étendue, suffoquée, ce brave jeune homme me prodiguait des soins, il essuyait ma figure et mes cheveux trempés.

— Vous m’avez sauvée, oh ! je vous dois la vie ! lui dis-je revenant à moi.

— Peu de gens me la doivent, répliqua-t-il sourdement.

— Mais laissez-moi que je baise vos mains, dites au moins votre nom que je le bénisse.

— Mon nom… vous frémiriez !…

Tout à coup il se redressa au bruit de mousqueteries et de pas et de cris approchants : c’étaient les colons voisins et les gens de l’habitation, qui, éveillés par le tumulte des pikarouns, les cris des noirs embarqués, accouraient tardivement à leur secours.

— Adieu, adieu, dit tout bas l’inconnu serrant mes doigts qui craquaient dans sa rude main, adieu !…

— Mais votre nom, de grâce ? Je suis Abigail, moi, fille de John Fox !

— Moi, je suis pour les hommes moins qu’un chatpart qu’on chasse : je suis Three Fingered Jack du Libanus

— Three Fingered Jack l’obiman ?

— Oui, l’obiman !

Je poussai un cri de terreur ; il disparut dans l’obscurité, et je restai anéantie comme si j’étais tombée du soleil. Sitôt, tous les colons arrivèrent sur le rivage, nulle barque n’y était amarrée pour pouvoir chasser en mer, furieux ils firent plusieurs fusillades qui ne portaient qu’à demi. Les pikarouns les saluèrent par des ricanements lointains et des chants féroces qui étouffaient les hurlements des pauvres noirs entassés.

Et la marmaille ouvrait de grands yeux noirs et de grandes bouches à quenottes blanches ; et, en ce moment, un sang mêlé sortit de derrière la case, passa près, et dit : — Abigail, cette nuit aux trois palmiers de la fontaine.II. Voices in the desert

Il était nuit avancée, tout était replongé dans le néant du sommeil, air, ciel et terre faisaient silence ; et l’on n’entendait épatement dans l’île, sur les montagnes, que les mélodieuses euphonies des petits oiseaux qui ne chantent que lorsque la terre est assourdie et que le ciel écoute, et, sous les trois palmiers de la fontaine, une voix mâle disant :

— Abigail, trêve un instant : Amour ! amour ! C’est bien !… mais je suis ambitieux. Je t’ai conviée cette nuit, vois-tu, pour te faire des adieux pour quelque temps, et t’avouer un projet que j’accomplis. Je suis ambitieux, t’ai-je dit, car sous un dehors frivole je cache un cœur qui se ronge. Dans mes veines ruisselle un sang qui me ravale, et ce front qui pense, et ces reins puissants se courbent sous le fouet d’êtres stupides et féroces à peau blanche, qui savourent mes sueurs, qui s’égaient au râle que m’arrache la fatigue. J’ai assez souffert ! cette lâche vie me tue, il m’en faut une autre ! L’esclave veut se redresser et briser ses garrots. Je suis fier, vois-tu, je suis ambitieux, quelque chose en moi me pousse, moi esclave, à la domination ; enfant, je rêvais royauté, je rêvais habits d’or, long sabre, cheval…

Pauvre Quasher ! ta royauté, c’est le malheur !

Or donc, une occasion, un hasard se présente, je puis devenir riche, grand ; je puis être gorgé d’or ! Ceux qui me repoussent aujourd’hui bientôt me tendront la main, à mon tour je leur cracherai à la face !

— Ô mon Quasher, restons pauvres, la richesse rend méchant. 

— La tête de l’obimanThree Fingered Jack, est mise à prix, la somme est énorme !… Je l’aurai !…

— Vous êtes fou, Quasher ! vous attaquer à Three Fingered Jack, un obi, vous êtes fou !…

— Je sais que Jack et son obi sont forts, mais Quasher et son cœur sont forts aussi ; d’ailleurs, suis-je pas résigné à la mort, plus de vie ou vie libre !

— Non, non, Quasher, je t’en prie, garde bien ta vie ; si tu m’aimes restons pauvres, les pauvres seuls sont heureux, plus heureux que leurs maîtres ; restons où la fatalité nous a jetés !…

— Eh ! pourquoi rester pauvres ?…

— Ah ! pourquoi ! pourquoi ! Quasher, tu le comprends trop bien !

— Que peux-tu redouter, Abigail ? je te rachèterai, je me rachèterai, nous serons libres ; nous aurons notre habitation à nous, nous aurons nos esclaves à nous, nous pourrons nous aimer tout le jour, être seuls à tous deux, à toute heure, partout où il nous plaira ; conçois-tu ?… être libre !…

— Mon Quasher, vous êtes ambitieux, vous me le disiez, vous vous en vantiez tantôt : quand vous serez riche, vous repousserez du pied cette pauvre négresse qui vous aime tant, vous voudrez une blanche d’Europe, je sens bien que je vous perds.

— Écoute, Abigail, une femme qui amollit un homme fort, c’est une basse femme ! Crois-tu que tes charmes soient assez puissants pour me clouer à toi ? crois-tu que je varierai à des larmes ? Non ! tes embrassements sont vains ! Je veux, Quasher a dit : Je veux ! sois confiante en lui, il t’a donné son amour, il t’est resté fidèle, sur Dieu et sa parole, il est à toi pour la vie. Ne sois ni soupçonneuse, ni jalouse, et c’est à tes pieds qu’il viendra déposer cet or… Pleure, pleure, n’espère pas m’amollir. Adieu !… III

Hatsarmaveth, Abraham, Westmacot

Restée seule, Abigail se leva brusquement, mue par une profonde jalousie et l’intime sentiment de la perte de son amant. Elle redoutait, et sans doute avec raison, connaissant sa fière ambition et son audace, ou qu’il perdît la vie dans un pareil combat, ou que, vainqueur, recevant la grosse somme promise, il ne se livrât à tous ses goûts effrénés, à ses penchants glorieux, et que, tuméfié d’orgueil et d’opulence, il ne détournât la tête à son appel ; qu’il ne la repoussât de sa case neuve, elle pauvre esclave noire et bonne, pour ces grandes dames à beaux dehors qui colportent des cœurs secs, des âmes basses et vénales, chez tous les jeunes hommes dont elles convoitent le bien, comme le scorpion sa proie, ou que, plus sage, il ne se hâtât de faire choix parmi les filles fortunées pour s’engraisser encore de quelque large patrimoine, de quelque large dot. Cette pauvre enfant voyait son abandon inévitable, et cette pensée déchirante l’accablait.

Au lieu de reprendre la route qui ramenait à l’habitation, comme après une soudaine résolution, elle s’enfonça dans les savanes, marchant sans cesse, se dirigeant vers les montagnes, se cachant à l’approche des insulaires, évitant surtout la rencontre des marrons et des cudjos. Ce pénible pèlerinage par les monts, les fondrières, les ravines, les bois vierges, la harassait. Ses pieds endoloris par la marche refusaient de toucher le sol. Elle n’avait pris pour toute nourriture que quelques pommes des acajous couvrant ses montagnes, et bu de l’eau des torrents où elle baignait ses jolies jambes enflées par la marche sur ces terres brûlantes.

Le troisième jour, vers cette heure de l’après-midi appelée solennellement crépuscule par les faiseurs de romances à fortépiano, et simplement entre chien et loup par madame de Sévigné : à cette heure à laquelle la nature s’assombrit, et, mystérieuse, se voile comme une belle dame qui abat le tulle de son chapeau, et rend sa beauté douteuse aux regards avides, à cette heure où les couleurs s’évanouissent et les contours se découpent nettement comme des ombres phantasmagoriques sur une haute lice azurée. Par une sente rapide et pierreuse bordée ou plutôt embarrassée de mélèzes, Abigail, tête baissée appuyée sur une branche flexible, se traînait comme ces pauvres voyageurs, qu’on voit arriver le soir dans les faubourgs cherchant d’un œil éteint l’enseigne consolatrice d’une auberge ; la sueur ruisselait sur son front ; elle soupirait violemment, et jetait quelquefois des plaintes quand son pied heurtait des cailloux. Ce sentier montait droit à une roche ardue qu’il pourtournait ; au sommet de ce rocher, quelqu’un moins lassé, moins pensif, aurait remarqué un corps allongé, noirâtre, immobile, semblant le mât rompu d’un navire coulé, ou plutôt, un peulvan druidique des dunes armoricaines de la vieille Gaule. Abigail était à peine à trois cents pas de cet être mystérieux, quand soudainement il fut éclairé par un phosphore accompagné d’une détonation semblable à celle d’une arme à feu, qui gronda long-temps dans les plaines ; elle poussa un cri lamentable et tomba la face sur terre. Aussitôt, avec la vélocité d’un lévrier qui se précipite sur le gibier atteint par le chasseur, le gnome noir descendit la roche et la sente, volant droit à Abigail ; à son aspect il recula consterné, laissant tomber ce mot : — Une femme ! — Se heurtant la poitrine et s’agenouillant il la souleva et l’étendit sur des herbes. Ce fantôme était simplement un noir d’une haute stature, portant une longue carabine comme les Bédouins, un grand sabre et un coutelas à la ceinture.

— Femme, femme ! vous êtes blessée ! répétait-il, tâchant d’adoucir la raucité de sa voix.

Mais Abigail restait muette en sa douleur ; la balle l’avait frappée dans les chairs de la jambe. Le noir, écartant sa robe, et accolant ses lèvres sur la plaie, pompait le sang épanché. Un voyageur témoin de cette scène si effroyable en apparence, sans doute, aurait pensé voir un vampire se repaissant d’une femme. Puis ensuite il versa l’eau-de-vie de sa gourde sur des feuillages, ceignit cette compresse sur la blessure, et lui frotta les tempes du reste de la liqueur. Bientôt, Abigail rouvrit les yeux et les égara autour d’elle.

— Femme, n’ayez peur, l’homme que vous avez près de vous est votre ami.

— C’est vous qui m’avez tuée cependant, répondit-elle, se soulevant et s’adossant contre un arbre.

— Ne m’en voulez pas, femme ! Jack a tant d’ennemis, qu’il ne peut laisser aborder sa retraite. La faible lueur du couchant m’a trompé, j’ai cru frapper un homme. Pardonnez-moi, ce sont les hommes que je hais, parce qu’ils sont lâches et féroces, d’autant plus féroces qu’ils sont d’autant plus lâches. Consolez-vous, la blessure n’est pas grave.

— N’avez-vous pas nom Jack Three Fingered ?… Oh ! béni soit Dieu ! je vous trouve enfin, je vous cherchais. 

— Eh ! pourquoi ?

— Je suis Abigail, avez-vous souvenance d’elle ?

— Non.

— Vous rappelez-vous cette femme que vous sauvâtes, il y a deux ans, des pikarouns qui l’emportaient ?

— Quoi, c’est vous !

— Jack, votre tête est à prix.

— Je le sais.

— Je vous dois la vie, et si je suis venue dans ces montagnes vous chercher, c’est pour acquitter cette dette ; tenez-vous sur vos gardes, Quasher, pour remporter le prix de votre sang, viendra ces jours-ci vous pourchasser et vous tuer.

— Me tuer… redit froidement Jack.

— Évitez-le bien, mais ne me le tuez pas, je vous prie !

— Femme, je te remercie, oublie le mal que je t’ai fait malgré mon cœur.

— Oh ! si je vous pardonne ! ne vous dois-je pas la vie ? Vous avez disposé de votre bien.

— Femme, maintenant, que veux-tu que je fasse de toi ? Veux-tu venir reposer dans mon repaire ?

— Il y a trois jours que j’ai quitté l’habitation de mon maître, il doit être bien inquiet ; si je n’étais blessée…

— Oh ! si ce n’est que cela, reprit Jack, tiens, prends cela en souvenir de moi, porte-le toujours sur toi, avec cela, tu seras forte. — C’était un sachetobien. — Et, levant doucement Abigail, il la chargea sur ses épaules robustes, descendit le sentier et disparut sous les acajous.

 

Le jour commençait à poindre, cependant tout dormait encore aux environs de Sainte-Anne, quand parut, devant l’habitation, Three Fingered Jack chargé d’Abigail. Il la portait aussi légèrement qu’une jeune fille porte son urne à la fontaine. S’étant approché de la case, il la déposa à l’entrée.

— Adieu, Abigail !

— Adieu, Jack, veillez bien sur vous !

L’obi heurta rudement la porte de son coutelas et s’enfuit prompt comme un cerf.

Hatsarmaveth Abraham Westmacot sortit accompagné, rencontrant du pied cette femme étendue et sanglante, il jeta un cri d’effroi.

— Calmez-vous, n’ayez peur, mon maître ; c’est votre servante Abigail ! 

— Abigail !…

— Oui !.. des marrons, après m’avoir blessée, m’avaient emmenée dans les montagnes, et m’ont rejetée à votre porte. IV

Tiresome chapter

Avant d’aller plus avant, comme j’ai déjà parlé d’obi, d’obiman, et de sachet obien, il est bon que je dise à vous autres Européens ce que c’est qu’unobi.

Quant aux érudits qui croiront le savoir, ou qui auront lu ce qui suit dans le docteur Mosely, ils n’auront qu’à passer ce chapitre pédantesque et académiquement fastidieux.

Le docteur Mosely, auquel je dois cette histoire jamaïcaine, prétend gravement, dans son Traité du SucreTreatise of Sugar, que l’obi et la filouterie ou le jeu sont les seuls exemples qu’il ait pu découvrir chez les natifs de la terre d’Afrique, dans lesquels un effort de combinaisons d’idées ait jamais été démontré.

Ah ! master doctor Mosely, vous n’étiez pas négrophile !

Pauvre bon homme ! il ne se doutait guère, en écrivant à la Jamaïque sur ses cannes à sucre, qu’il se faisait une postérité, et qu’il serait question de lui, de son Treatise of Sugar, et de son récit de Jack, en 1832. Ô incompréhensibleencatenation des événements ! Il a fallu pour en venir là qu’un montagnard alpestre naquît, descendît, et cherchant à user sa vigueur parmi les hommes de la plaine, se prît à farfouiller un bouquin anglais.

Généralement, le mot obi désigne doublement la magie et le magicien ; cependant, dans les colonies anglaises, on dit un obiman. Je n’offrirai d’autres probabilités étymologiques, sur l’origine et la signification de ce mot importé d’Afrique par les noirs dans le monde de Christophe Colomb, que celle-ci : nobien arabe, veut dire prophète, et, certes, il y a un grand rapport entre ces deux mots ; retranchez par corruption au singulier la nasale initiale comme les Arabes le pratiquent pour le pluriel, et vous aurez le mot pareil ; je ne donne pas cela comme article de foi : cependant, je crois être, modestie à part, assez agréable étymologiste ; ayant fait force recherches paléographiques et paléologiques, entre autres, à l’âge innocent de seize ans, un gros in-folio, digne des bénédictins de Saint-Maur, sur l’origine des noms propres d’hommes et de lieux, petit puits artésien de science et d’érudition ; je n’avais plus que quinze années de travail pour arriver à son parachèvement, et pour éditeur, en perspective, que l’imprimerie royale qui n’imprime pas, quand je l’abandonnai pour des œuvres plus digérées et beaucoup plus en harmonie avec notre époque vernissée, que l’étude de Pasquier, Fauchet, Ménage et P. Borel, etc., etc.

Après tout, je crois sincèrement que cette étymologie en vaut bien d’autres, même celles de M. Arouet de Voltaire qui prétend que boulevart vient de ce qu’on y jouait aux boules, et que c’était vert. Voir son Dictionnaire philosophique, au mot philosophique Boulevart.

La science de l’obi est très étendue, plus étendue que la pharmacologie et la pharmacochimie, et, s’il y avait un examen à passer pour être reçu obi, plus d’un de nos brillants pharmacopoles aurait le nez cassé et serait bouté hors ; je ne connais de profondément dignes, que M. Roux avec son paraguai, maîtreGuérin avec sa mixture, et le parabolain Labarraque avec son chlore ; tous trois passés maîtres en obi, et que pourtant d’ignares envieux voudraient voir précipiter, pierre au cou, dans le protoxide d’hydrogène séquanique.

L’obi, qui a pour but l’ensorcellement du pauvre monde, ou la consomption par des maladies de langueur, le spleen, se fait de boue de fosse, de cheveux, de dents de requins et d’autres créatures, de sang, de plumes, de coquilles d’œufs, de figures de cire, de cœurs d’oiseaux, de racines puissantes, d’herbes et de ronces inconnues encore aux Européens, que les anciens employaient aux mêmes usages. Certains mélanges de ces ingrédients sont calcinés, ou enfoncés très profondément dans la terre, ou appendus à la cheminée, ou placés sous le seuil de la porte de celui qui doit subir le charme, avec accompagnement d’incantations et d’imprécations, proférées à minuit, ayant égard aux phases et aspects de la lune.

Un nègre qui se croit ensorcelé par l’obi, s’adresse à un obiman ouobiwoman, de même qu’un malade, malade par son médecin, s’adresse à un apothicaire.

Des lois doucereuses ont été échafaudées dans les Indes occidentales pour punir de mort les pratiques obiennes ; elles sont restées sans effet. Stupides législateurs ! ce ne sont pas vos lois de sang faites dans vos Indes, qui sauront anéantir l’effet d’idées, dont l’origine est dans le centre de l’Afrique où vous allez moissonner vos esclaves !

Notre vieux docteur Mosely, et toujours dans son Traité du SucreTreatise of Sugar, dit avoir vu l’obi du fameux nègre, voleur comme il l’appelle, Three Fingered Jack, terreur de la Jamaïque en 1780 et 1781, et que les marrons qui l’avaient tué, lui apportèrent. Cet obi consistait en un bout de corne de bouc, remplie d’une compotion de poussière de tombeau, de sang d’un chat noir et de graisse humaine, le tout broyé en manière de pâte — ce n’est qu’après une savante et longue analyse, qu’il a pu formuler ainsi ce programme. Un crapaud desséché, une patte de chat, également noir, une queue de porc, une bande de parchemin de peau de chevreau, sur laquelle étaient tracés des caractères avec du sang, se trouvaient aussi dans son sac obien.

Ces choses, avec un sabre émoulu et deux fusils comme Robinson Crusoé, composaient tout son obi, avec lequel et son courage, en vraihighlander, il descendait dans les basses terres dévaster et piller, pour subvenir à ses besoins. Son habileté à se retraiter dans les fourrés difficiles dominant le seul accès où personne n’osait le suivre, terrifia les habitants, et défia pendant deux ans le pouvoir civil et la milice des cantons voisins.

Il n’eut jamais de complice ni d’associé ; dans les bois, aux environs du mont Libanus, lieu de sa retraite, se trouvaient quelques nègres fugitifs ; les ayant marqués au front avec son obi, ils ne pouvaient le trahir. Il ne se fiait à personne, il dédaignait toute assistance, il volait seul, il soutenait seul ses combats, tuait toujours ceux qui le poursuivaient, et le seul il grimpa plus haut que le mont Spartacus.

Par sa magie, il était non seulement l’effroi des noirs, mais il y avait beaucoup de blancs qui lui croyaient quelque pouvoir surnaturel. Dans les climats chauds, les femmes se marient fort jeunes et souvent avec une grande disparité d’âge ; Jack passait pour l’auteur des discordes et des troubles ; car en ce temps, comme en tout temps, comme aujourd’hui, les unions malheureuses, l’adultère, que sais-je ? foisonnaient.

Donnez à un chien un mauvais renom, et pendez-le, dit le proverbe anglais : Give a dog an ill nameand hang him. Clameurs, clameurs sur clameurs s’élevèrent contre le cruel sorcier ; et presque toutes les mésaventures conjugales étaient attribuées aux sortilèges jetés par Three Fingered Jack le jour des noces.

Dieu sait ! Ce pauvre Jack avait assez de ses péchés à lui, sans le charger de ceux des autres.

Il aurait plutôt fait une chaudière médéenne pour toute l’île, dit le docteur Mosely, et toujours dans son Traité du SucreTreatise of Sugar, que troubler le bonheur d’une seule femme. J’avouerai franchement que, pour mon compte, je ne sais trop ce que c’est qu’une chaudière médéenne ; âne en mythologie, puritain n’ayant jamais touché, même du pied, le dictionnaire du païen Chompré. Quoi qu’il en soit, assurément ce n’est pas l’occasion qui lui manqua, et cependant, malgré sa haine pour les blancs, jamais on n’a ouï dire qu’il eût fait le moindre mal à un enfant, ou violenté une femme. V

Hound’s fee

Mais Jack était destiné à la mort. Alléchés par les récompenses promises par le gouverneur Dalling, dans une proclamation datée du 12 octobre 1780, et la résolution prise ensuite par l’assemblée coloniale — house of assembly –, deux hommes de couleur, Quasher, que vous connaissez déjà, et Sam, fils du capitaine Davy, qui avait tué Master Thomason, pilote d’un vaisseau londrin, dans la rade de Old-Harbour, tous deux de Scotshall, ville marronne — maroon town –, avec une partie de leurs concitoyens allèrent à sa recherche.

Quasher, avant de partir pour cette expédition, se fit baptiser, et changea son nom en celui de James Reeder.

L’expédition commença, et tout le parti battit les bois pendant trois semaines, ayant pour ainsi dire bloqué, mais en vain, les plus profondes retraites de la partie la plus inaccessible de l’île où Jack résidait, tout à fait éloigné de toute société humaine.

Jack était une de ces organisations fortes, un de ces cerveaux puissants, nés pour dominer, qui manquant d’air dans l’étroite cage où le sort les a jetés, dans cette société qui veut tout courber, tout rapetisser à la taille vulgaire, rompent à tout jamais avec les hommes qu’ils exècrent s’ils ne rompent avec la vie. Three Fingered Jack était un lycanthrope !

Reeder et Sam, fatigués de ce mode de guerroyer, résolurent d’aller le chercher dans son repaire même, de l’y prendre d’assaut ou de périr dans l’entreprise. 

Ils prirent avec eux un jeune garçon d’un bon courage et bon tireur, et laissèrent le reste du parti. Ces trois intrépides, que le vieux docteur Mosely se flatte d’avoir bien connus, venaient à peine de se remettre en route, que leurs yeux rusés découvrirent par le froissement des herbes et des halliers que quelqu’un peu auparavant avait passé par là. Ils suivirent tout doucement ces empreintes, sans faire le moindre bruit, bientôt ils aperçurent de la fumée.

Alors ils se préparèrent au combat, et avant que Jack ait pu les entrevoir ils étaient sur lui : Il faisait rôtir des bananes — plantains — sur un petit feu, à terre, à la bouche d’une caverne.

Ce fut là une scène où des acteurs extraordinaires jouèrent un rôle extraordinaire.

Les regards de Jack étaient farouches et terribles, il leur dit qu’il les tuerait. Au lieu de tirer sur lui, Reeder répondit que son obi n’avait aucun pouvoir de lui nuire, car il était baptisé, et qu’il n’avait plus nom Quasher. Jack connaissait Reeder, et comme paralysé, il laissa ses deux fusils à terre et ne prit que son coutelas.

Ces deux hommes, plusieurs années auparavant, avaient eu, dans les bois, un combat désespéré ; dans cette lutte, Jack perdit deux doigts, et cette perte fut l’origine de son nom, Three Fingered, qui veut dire trois-doigtier. Alors il vainquit Reeder et l’aurait tué ainsi que ceux qui le secouraient, s’ils n’avaient pris la fuite.

À rendre justice à Three Fingered Jack, il aurait tué facilement, s’il eut voulu, Reeder et Sam, car de prime abord, ils s’étaient effrayés de son aspect et de l’épouvantable son de sa voix.

Et il le pouvait avec raison, et d’autant plus qu’ils n’avaient d’ailleurs aucun moyen de salut et devaient en venir aux mains avec l’homme le plus fort et le plus féroce. Jack était stupéfait, car il avait lui-même prophétisé que l’obi blancprévaudrait sur lui, et par expérience, il savait que le charme ne perdrait rien de sa force entre les mains de Reeder.

Sans autre pourparler, Jack, son coutelas à la main, se jeta au fond d’un précipice derrière la caverne. Le fusil de Reeder fit long feu, mais Sam l’atteignit à l’épaule. Semblable à un bull-dog, Reeder, sans regarder et le coutelas au poing, se précipita à corps perdu après Jack ; la descente presque perpendiculaire avait environ trente mètres de profondeur ; tous deux dans leur chute avaient conservé leur coutelas.

Ce fut là le théâtre où les deux plus robustes cœurs qui aient jamais été encerclés par des côtes, commencèrent leurs sanglantes luttes.

Le jeune garçon, auquel on avait enjoint de se tenir à l’arrière et hors d’attaque, parut au haut du gouffre, et, durant le combat, frappa Jack d’une balle au ventre.

Sam était rusé ; il prit froidement un détour pour descendre au champ de bataille : lorsqu’il fut arrivé au lieu où elle avait commencé, Jack et Reeder s’étaient pris au corps et avaient roulé ensemble au bas d’un autre précipice sur le flanc de la montagne ; dans cette chute, ils avaient tous deux perdu leurs armes. Sam, en se glissant après eux, perdit aussi son coutelas parmi les arbres et les buissons. Quand il arriva auprès d’eux, quoique sans armes, il ne resta pas oisif, et, heureusement pour Reeder, la blessure de Jack était profonde et grave ; il était dans une violente agonie.

Sam tomba juste à temps pour sauver Reeder, car Jack l’avait saisi à la gorge avec son étreinte de géant ; Reeder avait la main presque tranchée, et Jack ruisselait le sang par l’épaule et le ventre ; ils étaient couverts tous deux de sang caillé, de balafres et d’estafilades. En cet état, Sam devint l’arbitre du combat, et décida du sort ; il abattit Jack avec un fragment de rocher. Quand le lion fut renversé, les deux tigres lui écrasèrent la tête à coups de pierres.

Bientôt après, le jeune garçon trouva le sentier pour parvenir jusqu’à eux ; il avait son coutelas avec lequel ils tranchèrent la tête de Jack et sa main à trois doigts, qu’ils portèrent à Morantbay ; là, ils mirent leurs trophées dans un baquet de guildive ; et, suivis d’une foule immense de noirs qui ne craignaient plus l’obi de Jack, ils les portèrent à Spanishtown — San-Yago de la Véga –, àKingstown, pour réclamer la récompense promise par la royale proclamation et l’assemblée coloniale. 

VI

Blood’s reward

Quand Reeder et Sam passèrent, j’étais à Spanishtown chez deux très vieilles bonnes femmes, deux sœurs presque centenaires, filles de colons espagnols, et nées long-temps après la prise de l’île sur les Espagnols par l’amiral Pen, aidé d’un grand nombre de flibustiers anglais et français, en 1655. Seul et double monument de la domination espagnole sur ces terres ; espèce de cippes incarnés, attestant encore leur passage, comme les dolmens druidiques sont là pour nous faire ressouvenir de nos dieux les Gaulois, qui forment maintenant la couche végétative qui couvre comme un engrais le sol de la France. Ces saintes douairières, quoique recevant une pension du gouvernement, mortellement haineuses, n’avaient jamais voulu parler la langue des conquérants, passées, sans contact, à travers plusieurs générations, ces bonne vieilles hablaient toujours la divine langue castillane.

Pèlerin religieux de toutes ruines, j’étais venu les saluer : ma visite les avait emplies de joie, les avait rajeunies de près d’un siècle, avait éveillé en leur âme mille souvenirs tendres et douloureux ; elles m’avaient retenu pour quelques jours ; j’étais pour elles comme un fils ; elles me racontaient toutes ces vieilles choses que plus qu’elles savaient au monde, étalant au grand jour et pour la dernière fois, sans doute, les lambeaux dorés de leur mémoire, secouant les pages poussiéreuses de ce livre du gai-savoir, que le temps ronge comme un rat stupide, et qui allait bientôt se fermer avec leur vie dans la tombe. 

Nous étions assis près d’une croisée et nous devisions, quand nous entendîmes un tumulte lointain et des décharges de mousquets. Nous nous levâmes et nous penchant à la fenêtre nous vîmes Reeder et Sam, nos héros, marchant triomphalement, portant, au bout d’une pique, la tête et la main du malheureux Jack. Ils étaient suivis d’un concours formidable surtout de cudjos de Maroon town, vêtus d’une braye et d’une veste de grosse toile que le gouvernement leur donnait chaque année, ainsi qu’un fusil tous les cinq ans, en paiement des services qu’ils rendaient à la colonie. Ces braves gens faisaient presque la police de l’île comme une maréchaussée ; ils arrêtaient et ramenaient les nègres fugitifs, les vagabonds qui se retiraient dans les montagnes et les prisonniers de guerre échappés de Port-Royal. C’était un ramassis d’hommes de toute origine, de vrais Klephtes, avec lesquels les Anglais avaient été forcés de faire une capitulation toute à leur avantage, n’ayant jamais pu les dompter. Le surnom de cudjos leur venait du nom d’un de leurs vaillants capitaines. Ne pouvant plus guerroyer, ils s’étaient adonnés à l’éducation des bestiaux, qu’ils venaient vendre aux marchés de l’île. La plupart de ces montagnards étaient remarquables par leur belle et haute stature, leur force et leur adresse.

Non loin de la maison de mes vieilles, une jeune noire, qui paraissait blessée à la jambe, était assise sur une pierre, pensive, la tête abattue sur son sein ; éveillée brusquement par les décharges d’armes à feu que faisaient les noirs en signe de joie, elle tourna la face du côté d’où venait le tumulte, et resta immobile comme une louve qui flaire sa proie ; quand Reeder passa, elle l’appela plusieurs fois, — Quasher ! Quasher !… — Reeder qui l’avait aperçue de loin, enorgueilli, détournait la tête. — Quasher ! Quasher ! as-tu déjà oublié Abigail ?… Il ne répondit pas et sembla précipiter sa marche.

La jeune négresse se rassit sur la pierre, tournant le dos au chemin, ainsi elle resta toute la soirée. Avant de me mettre au lit, rôdant, pour respirer un peu, aux environs de la maison, à la lueur de la lune je distinguai un corps étendu sur le sol contre la pierre de la route, je m’approchai, elle dormait. 

Le lendemain à l’aube, je fus réveillé par un vacarme semblable à celui de la veille, je sortis par curiosité ; c’était Reeder et Sam qui, ayant reçu la prime promise par la proclamation royale et l’assemblée coloniale, repassaient avec leurs compatriotes.

Cette tourbe poussait des hourras, des cris de bêtes fauves, chantait en chœur des paroles inconnues, dansait au son des balafos, et de cette espèce d’instrument dont le nom ne me revient pas, assez usité parmi les noirs, composé d’une mâchoire de cheval qu’ils font vibrer en passant une baguette sur le râtelier. La plupart étaient ivres et dans un état complet et repoussant de désordre. Ils avaient passé la nuit en orgies, et traînaient avec eux quelques sales femmes de la ville, accourues à l’odeur de l’argent.

En avant, quatre nègres portaient, dans des paniers embrochés par une perche, le prix du sang, écorné déjà par la bacchanale de la nuit. Reeder les précédait, soûl presque à tomber, et donnant le bras à une fille soûle et décharnée.

Arrivés vers notre demeure, la jeune négresse, couchée près de la pierre, se dressa subitement à la vue de Reeder ; puis, tout à coup, se précipitant sur lui comme une tigresse : — Quasher ! tu es un lâche et un traître, cria-t-elle, lui enfonçant un couteau dans la poitrine.

Au cri de Reeder, les nègres accoururent et cernèrent Abigail, mais brandissant sur sa tête son couteau pleurant le sang, et l’obi que Jack lui avait donné, elle les terrifia, et les fit tomber la face contre terre ; s’ouvrant ainsi un passage sur leurs corps, elle s’envola dans les montagnes.

 

* * * * * *
 

Quand j’ai dit que j’étais à Spanishtown lorsque Sam et Reeder passèrent, ce n’est pas vrai, j’en ai menti par ma gorge !…

Mais, qu’on ne m’accuse point de m’être complu dans l’horrible, c’est de l’histoire ! j’en atteste le docteur Mosely et son Treatise of Sugar, c’est de l’histoire ! que je n’ai point osé émonder comme le père Jouvenci émondait les classiques latins ad usum scholarum.

Au moment où j’écrivais ceci, 6 janvier 1832, la population noire de la Jamaïque s’étant imaginée que le roi avait signé l’affranchissement des esclaves, une révolte éclatait dans les paroisses de Saint-James et deTrelawney ; dans la première, quinze propriétés ont été détruites.

À Montego-Bayde Westmoreland, la loi martiale a été promulguée par sirWilloughby-Cotton.

Trois missionnaires anabaptistes ont été jetés dans les fers, comme fauteurs et instigateurs de cette insurrection.

Un tribunal militaire est établi à Montego-Bay, et des récompenses sont promises pour l’arrestation de plusieurs chefs.

À cette heure, sans doute, quelques-uns de ces braves Africains penchent la tête sur le billot, et, au nom de l’égalité chrétienne, la hache anglaise se retrempe dans le sang des esclaves.

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