À sa maîtresse

1 min
70
lectures
0

L'identité de cet auteur latin est incertaine. On lui attribue le Satyricon, premier « roman » de toute la littérature, qui ne nous est parvenu que par fragments. L'œuvre, écrite en bas  [+]

Tes yeux étincellent de tout l’éclat des astres ; l’incarnat des roses anime ton teint ; l’or est moins brillant que tes cheveux ; tes lèvres, plus suaves que le miel, ont les vives couleurs de la pourpre, et l’azur des veines qui sillonnent ton sein en relève la blancheur ; enfin, tous les attraits composent ton apanage : ta taille est celle des déesses, et tes formes célestes l’emportent sur celles de Vénus. Lorsque ta blanche main et tes doigts délicats tressent la soie, ils semblent jouer avec son précieux tissu. Ton pied mignon n’est point fait pour fouler les plus petits cailloux, et la terre se ferait un crime de le blesser ; si tu voulais marcher sur des lis, leur tige ne fléchirait pas sous un poids si léger. Que d’autres ornent leur cou de riches colliers, ou chargent leur tête de pierreries ; tu sais plaire par toi-même, et sans le secours d’aucune parure. Nulle autre beauté n’est parfaite dans son ensemble : celui qui pourrait jouir de la vue de tous tes charmes serait forcé de tout admirer en toi. Sans doute, les Sirènes suspendirent leurs concerts, et Thalie déposa sa lyre mélodieuse aux accents de ta voix, de ta voix dont la douceur contagieuse lance dans l’âme des malheureux qui t’écoutent tous les traits de l’Amour. Mon cœur, frappé par toi, saigne d’une blessure profonde que l’acier même ne peut guérir : mais que tes lèvres calment par un baiser mes cruelles souffrances ; ce bienfaisant dictame est seul capable de dissiper les maux que j’endure. Cesse de déchirer avec tant de violence mes fibres ébranlées ; et je payerai de ma mort le crime de t’avoir aimée. Mais si cette faveur te paraît trop grande, accorde au moins à ma prière une dernière grâce : lorsque j’aurai cessé d’être, entoure-moi de tes bras d’albâtre, et tu me rendras la vie.
0