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Le coucher du soleil

Il y avait autrefois un être dont l’existence subtile,
Telle la lumière et le vent dans un délicat nuage
Qui disparait dans le ciel brulant d’un midi bleu,
Est disputée par le génie et la mort. Personne ne connaîtra
La douceur et la joie qui lui ont fait
Perdre souffle, comme les transes de l’air d’été,
Quand, avec l’élue de son cœur, qui pour
La première fois connut la liberté d’une telle union,
Il marcha le long d’un sentier champêtre
Qui à l’est par une forêt fanée était ombragé
Mais à l’ouest était à ciel ouvert.
Le soleil était descendu, mais des lignes d’or
Pendaient des nuages cendrés, et sur les pointes
Des herbes distantes et fleurs aux têtes baissées,
Et de la barbe blanchie du vieux pissenlit,
Et, entrelacée avec les ombres du crépuscule, posées
Sur l’épaisse forêt brune – et à l’est
Une large et brûlante lune se leva tranquillement
Entre les tronc noirs des arbres serrés,
Tandis que de faibles étoiles en haut se rassemblaient.
« N’est-ce pas étrange, Isabel », dit le jeune,
« que je n’aie jamais vu le soleil ? Nous marcherons ici
Demain ; tu le regarderas avec moi. »

Cette nuit-là le jeune et la dame se reposèrent enlacés
Dans l’amour et le sommeil – mais lorsque vint le matin
La dame retrouva son amant mort et froid.
Que personne ne croie que Dieu par pitié eût donné
Ce coup. La dame n’en mourut pas, ni n’en perdit raison,
Mais année après année survécut – en vérité je crois
Que sa gentillesse, patience et tristes sourires,
Et qu’elle ne mourût pas, mais vécut pour soigner
Son vieux père, étaient une sorte de folie,
Si la folie est d’être différente du monde.
Que de la voir était de lire son histoire
Tissée par un quelconque barde subtile pour faire fondre
Les cœurs durs par une peine emmenant la sagesse ;
Ses yeux étaient noirs, sans éclat et blêmes :
Ses cils étaient usés par les larmes,
Ses lèvres et ses joues étaient des choses inanimées – si pâles ;
Et ses mains étaient minces, et leurs veines errantes et
Faibles jointures laissaient transparaître
La lumière vermeille du jour. Le tombeau de ta propre dépouille,
Habité nuit et jour d’un fantôme contrarié,
Est tout, enfant perdu, ce qui reste de toi !

« Sois l’héritier de plus que la terre ne peut donner,
Calme sans passion et silence irréprochable,
Là où le mort trouve, oh, non pas le sommeil ! mais le
Repos, et sont ces choses imperturbables,...
Ou vis, ou tombe dans les mers profondes de l’Amour ;
Ah, tout comme la tienne, mon épitaphe est – Paix ! »
Ce fut le seul soupir qu’elle eût fait.