Temps de lecture
2
min
poésie 154LECTURES

Les jeux du Cirque

Nulle visée hippique en ce lieu ne m’amène :
La palme à ton héros pourtant !
Je viens pour te parler, respirer ton haleine,
Te montrer mon cœur palpitant.
Toi, tu veux voir les Jeux, moi, ton front : qu’à sa guise
Chacun repaisse son regard.
Heureux l’automédon que ton goût favorise !
De te plaire il possède l’art.
Si je l’avais, soudain des coursiers dans l’arène
M’emporteraient tourbillonnant.
Mon fouet mordrait rapide, où lâche irait ma rêne ;
J’appuierais ma roue au tournant.
Te verrais-je en ma course, adieu mon entreprise !
Des doigts mes guides d’échapper.
Ta vue, Hippodamie, aux carrières de Pise
Fit que Pélops faillit tomber.
Il vainquit toutefois, au gré de sa maîtresse :
Que tout amant triomphe ainsi !
Pourquoi t’éloignes-tu ? Même gradin nous presse ;
Le règlement m’aide en ceci.

Mais vous, de la tenue, à droite de ma belle ;
Vous la gênez, en vous penchant.
Repliez vos jarrets, vous placé derrière elle.
De grâce, un genou moins tranchant.
Ta robe sur le sol a ses franges traînantes ;
Relève-les, ou de ma main...
Robe, tu jalousais des jambes si charmantes :
Les voir, seule, était ton dessein.
Atalante eut ainsi jambe fine et charnue,
Que convoitait Mélanion ;
Diane a la pareille, alors que, demi-nue,
Elle poursuit biche et lion.
J’en rêve, et ne les vis : des tiennes que sera-ce ?
Tu fais brûler brûlant flambeau.
Je calcule, aux attraits semés à la surface,
Combien le fond doit être beau.
En attendant, veux-tu d’un zéphyr agréable ?
Mes tablettes t’en tiendront lieu,
À moins de n’avoir pris la chaleur qui t’accable
À ma flamme, en ton propre feu.
Je parle, et de grains noirs la poussière t’offense...?
Poudre immonde, fuis ces bras blancs !
Mais voici le cortège : attention ! silence !
Puis, acclamons les nobles rangs.

En tête est la Victoire, aux ailes déployées :
Déesse, ici rends-moi vainqueur !
Applaudissez Neptune, âmes par lui choyées ;
Moi, non : à la terre mon cœur.
Guerriers, saluez Mars ! je hais, moi, les blessures ;
J’aime la paix, l’amour, son fruit.
Phébé, ris aux chasseurs ; toi, Phébus, aux augures ;
Stimule, ô Pallas, l’homme instruit.
Laboureurs, bénissez Cérès, le dieu des vignes :
Lutteurs, écuyers, les Gémeaux.
Nous, adorons Vénus et ses archers insignes.
Ô Cypris, abrège mes maux,
Éclaire ma voisine, ordonne qu’elle m’aime !
Vénus d’un signe m’a dit : Oui.
Ce qu’elle m’a promis, confirme-le toi-même :
Je te divinise, ébloui.
Va, par toi je le jure et par ces dieux splendides,
Tu seras ma mie en tout temps.
Mais tes jambes pendaient ; à ces barreaux solides
Tu peux fixer tes pieds flottants.

C’est l’heure des grands jeux : le Préteur aux quadriges
Ouvre la lice ; ils vont égaux.
Je vois qui t’a su plaire. Il fera des prodiges.
Tes vœux pénètrent ses chevaux.
Oh ! l’imprudent ! quel cercle à hauteur de la borne !
Ton rival la rase de près ;
Il te dépasse... hélas ! ta dame en reste morne...
Tends la rêne gauche à l’excès !
Ce n’est qu’un maladroit. Romains, qu’on le rappelle ;
Agitez partout vos manteaux.
Le voilà : mais de peur qu’on ne te déchevèle,
Cache en mes plis tes blonds anneaux.

On rouvre, et l’on reprend : le groupe discolore
Relance ses chevaux fougueux.
Cette fois réussis, les espaces dévore,
Et contente nos doubles vœux.
Ma belle est exaucée, et moi, non. – Chère rose,
N’aurai-je point ma palme aussi ?...
Elle rit, son œil vif me promet quelque chose ;
C’est bien : le reste hors d’ici.