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Les fêtes de Cérès

Le temps est revenu des saintes Céréales –
Seule en son lit, la beauté dort.
Pourquoi, blonde Déesse au front ceint d'épis d'or,
Ton rite veut-il des vestales ?
Les peuples vont chantant tes dons en tous climats ;
Nulle moins que toi ne peut nuire.
Jadis l'âpre colon n'avait de pain à cuire,
Le nom d'aire n'existait pas.
Mais l’on mangeait les glands, des fatidiques chênes ;
L’herbe tendre trompait la faim.
Cérès enseigna l’art de cultiver son grain,
Puis de faucher les jaunes plaines.
Des taureaux, la première, elle asservit le front
Et sillonna la glèbe antique.
Peut-elle rire aux pleurs de l’armée érotique ?
Quoi ! nos tourments l’honoreront ?
Rude, elle ne l’est pas, malgré ses mœurs champêtres ;
Son cœur ressent la passion.
J’en appelle aux Crétois : tout n’est pas fiction
Chez ces parrains du roi des êtres.
Le Jupiter qui règne aux célestes remparts,
Enfant, s’allaita sur leur grève.
Leur témoignage est vrai, confirmé par l’élève :
Cérès avouera ses écarts.

Au penchant de l’Ida, la déesse de Crète
Vit Jasius, l’arc à la main.
Dans son âme troublée entre un amour soudain ;
Mais la pudeur d’abord l’arrête.
Enfin, l’amour triomphe : adieu les verts guérets,
Adieu leur multiple espérance !
Quand la bêche eut creusé la terre avec constance,
Le soc retourné les engrais,
Les bras éparpillé la semence à la ronde,
Partout mentit, manqua le fonds.
La reine des épis errait aux bois profonds,
Sans sa riche couronne blonde.
Seule, la Crète obtint des produits abondants :
Cérès l’en dotait au passage.
L’Ida lui-même avait de beaux blés en partage :
Sangliers d’y mettre les dents.
Minos se souhaita mainte année aussi bonne,
Lui souhaitant durable ami.

Le veuvage possible où ton cœur eût gémi,
Ta règle, ô Cérès, me l’ordonne.
M’attristerai-je, quand ta fille aux sombres lieux
Revit, à Junon presque égale ?
Un jour faste prescrit baisers, joyeux scandale :
C’est le tribut qui sied aux Dieux.