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poésie 130LECTURES

Le poète fait le serment de ne plus aimer

C’en est trop : ses excès usent ma patience.
Torpide Amour, sors d’un cœur las.
Me voilà délivré, loin de son influence,
Honteux d’un joug hier plein d’appas.
J’ai vaincu ; de Paphos mon pied foule les armes.
Enfin s’éclaire mon esprit.
Courage ! quelque jour fructifieront mes larmes :
Un suc amer souvent guérit.
Donc j’ai pu tolérer, moi, citoyen de Rome,
De tes verrous l’hostile accueil !
Donc j’ai pu, quand tes bras pressaient tel ou tel homme,
Veiller, en esclave, à ton seuil !
Je le vis, cet amant, sortir, languide et blême,
Comme un vétéran épuisé.
Mais le comble du mal, c’est qu’il me vit moi-même :
Le Parthe ainsi soit méprisé I...

Quand n’escortai-je pas tes moindres promenades.
En gardien, en frère, en époux ?
Sur ton front ma présence attirait mille œillades ;
Plus d’un amour naquit par nous.
À quoi bon rappeler tes mensonges indignes,
Ton oubli cruel des serments,
Ces mots tracés à table, et les funestes signes
Échangés avec tes amants ?
On la disait malade, et j’accours, dans mon zèle ;
Pour mon rival elle était bien.
J’endurai cet affront, maint autre que je cèle.
Cherche un dos souple égal au mien.
Moi, couronnant ma nef de guirlandes votives,
J’entends, du port, l’onde et le vent.
Laisse là tes douceurs, autrefois suasives ;
Je ne suis plus le fou d’avant.

Mais la haine et l’amour se disputent mon être ;
L’amour vaincra, sans contredit.
Haïssons, s’il se peut, ou sachons nous soumettre
Le bœuf traîne un joug qu’il maudit.
Je fuis ses trahisons, son doux air me ramène ;
Je hais ses mœurs, j’aime son corps.
Ainsi je ne puis vivre avec ni sans ta chaîne,
Et ne sais comme agir dès lors.
Je te souhaiterais moins belle ou moins mauvaise :
Vice et beauté s’accordent mal.
Ta perfidie excite, et ton visage apaise :
Hélas I à lui le gain final.

Pardonne-moi, Corinne, au nom de notre couche,
De tous les dieux, bons à tromper,
Par ton céleste front, par ta divine bouche,
Par ces yeux qui m’ont su frapper !
Mienne tu resteras, malgré tout : mais décide
Si tu me veux libre ou contraint.
À la voile plutôt ! qu’un prompt zéphyr me guide :
Déserterais-je ? Amour m’étreint.