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poésie 60LECTURES

Il invite Corinne à venir le voir à sa campagne de Sulmone

À Sulmone je suis, Pélignien canton
Étroit, mais frais grâce aux eaux vives.
Phébus y fend le sol, d'un plus proche rayon,
Le Chien, de flammes plus actives.
Mais les champs sont remplis de ruisseaux cristallins,
Un gazon tendre s'y conserve.
Ici poussent les blés, mieux encor les raisins,
Parfois l'amande de Minerve.
L’onde claire, en fuyant, d’herbe habille les prés ;
La terre est un tapis agreste.
Mais mon amour est loin (voilà deux mots errés) :
Ma belle est loin ; mon amour reste.

Ah ! qu’on me mît au ciel près des brillants Gémeaux,
Sans toi, ce serait le Tartare.
Qu’Atropos et Tellus prennent, tassent les os
Des voyageurs au cœur barbare !
Au moins, chacun devait s’adjoindre deux beaux yeux,
En sillonnant ainsi le globe.
Eussé-je à gravir, moi, les Apennins venteux,
Je brûlerais, touchant ta robe.
Près d’elle, j’oserais aux Syrtes me risquer,
Aux fous Notus livrer ma barque,
Entendre de Scylla les hurleurs se choquer,
Voir Malée, en bravant la Parque.
J’affronterais Charybde, où s’engouffrent les mâts
Qu’elle vomit et court reprendre.
Que si, l’effort d’Éole ouvrant le sombre amas,
Au fond nos chers dieux vont se rendre,
Suspends tes bras de neige à mon col résistant :
Porter ce doux poids m’est facile.
À nager pour Héro Léandre fut constant ;
Il échappait, sans l’ombre vile.

Seul, loin de toi, malgré les vignobles en fleur,
Les champs baignés d’ondes limpides
Que divise en canaux l’habile agriculteur,
Malgré zéphyrs et bois splendides,
Je ne saurais me croire aux bourgs Péligniens,
Au toit natal, dans ma campagne ;
Je me crois chez le Scythe ou les Ciliciens,
Vers le Caucase ou la Bretagne.

L’ormeau chérit la vigne, et la vigne l’ormeau :
Qui donc m’ôte ainsi ma maîtresse ?
Cependant tu juras par tes yeux, mon flambeau,
Par moi, de me suivre sans cesse.
Aux vents, aux flots s’en va des belles le serment,
Plus sec qu’une feuille d’automne.
Si pourtant tu t’émeus de mon délaissement,
Viens t’exécuter à Sulmone.

Monte au plus vite un char traîné de coursiers prompts ;
Laisse en leurs crins flotter les rênes :
Et vous, sur son passage abaissez-vous, fiers monts ;
Vallons tournants, faites-vous plaines !