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poésie 178LECTURES

Fête de Junon

Ma compagne étant née à Phalère, nous vîmes,
Camille, ces murs pris par toi.
Des jeux allaient fêter, avec maintes victimes,
La chaste épouse du Dieu roi :
Spectacle curieux que je voulus connaître,
Malgré le lieu raide et glissant.
C’est un vieux bois sacré que nul jour ne pénêtre ;
L’asile est divin, on le sent.
Un autel y reçoit l’encens et les suppliques,
Simple ouvrage d’antiques mains.
La Fête en part chaque an, au signal des musiques,
À travers les fleurs des chemins.
L’on mène, et d’applaudir, plusieurs blanches génisses,
Que l’herbe Falisque nourrit,
Des veaux, à peine ornés de leurs pointes novices,
L’humble porc, tribut plus petit,
Et le chef des troupeaux, à la corne en spirale.
Seule, la chèvre ici déplaît,
Depuis qu’en un taillis sa présence fatale
Arrêta Junon qui fuyait.
Aussi l’enfance encor peut chasser la traîtresse ;
De qui la perce elle est le prix.
Filles, garçons, partout où viendra la déesse,
Couvrent le sol de fins tapis.
Les féminins cheveux d’or, de gemmes scintillent ;
Robes traînantes, souliers peints.
Comme leurs aïeux grecs, de blanc toutes s’habillent ;
Leur front porte les vases saints.
Le peuple admire en paix le cortège splendide :
Après ses vierges va Junon !
La pompe est argienne. Halès d’un toit perfide
S’échappa, mort Agamemnon.
De la terre et des flots ayant bravé les risques,
II vint fonder ces hautes tours.
Héré lui dut son culte au pays des Falisques :
Qu’à nous tous il serve toujours !