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poésie 81LECTURES

À un quidam dont il aimait la femme

Pour moi, sinon pour toi, fou, surveille ta femme,
Afin que je l’aime d’autant.
Plaisir permis est fade, et, prohibé, tentant :
Chérir à l’aise est manquer d’âme.
Entre l’espoir, la crainte, amants veulent nager,
Il faut qu’un refus nous attise.
Fortune toujours stable, eh ! n’est-ce pas bêtise ?
Rien ne veux qui n’offre un danger.
Corinne a bien connu mon faible, et la coquette
Excelle à me piquer au vif ;
Que de fois elle a feint un malaise excessif
Et pressé ma lente retraite !
Ah ! que de fois coupable, en m’imputant des torts,
Son front a joué l’innocence !
Après ces aiguillons à ma concupiscence,
Souple, elle accueillait mes transports.
Dieux bons ! quels doux propos alors, que de caresses
Que de baisers et quels baisers !
Vous, ma reine en ce jour, mentez de même, osez
Refréner parfois mes tendresses.
La nuit, à votre seuil, laissez-moi tristement
De l’hiver sentir la froidure.
Mon amour, à ce prix, se fortifie et dure ;
C’est sa joie et son aliment.
Banale liaison me devient presque amère :
Tel nous aigrit un mets trop doux.
Si jamais Danaé n’eût geint sous les verrous,
Jamais Zeus ne la rendait mère.
Junon, en s’occupent de la génisse Io,
La fit paraître plus superbe.
Qui veut travail aisé doit aux champs cueillir l’herbe,
Ou boire en un fleuve à pleine eau.
Belle, entends-tu durer ? tout galant, qu’on l’attrape.
Las ! je m’enferre en mes discours !
N’importe, complaisance est nuisible toujours :
Je fuis qui vient, suis qui m’échappe.
Mais toi, mari si sûr d’une aimable moitié,
Ferme donc ta porte à la brune ;
Cherche quel bras furtif du marteau t’importune,
Pourquoi tes chiens ont aboyé,
D’où ces flots de billets, dans quel but l’on t’exile
Si souvent des draps conjugaux.
Laisse enfin ces soucis te ronger jusqu’aux os,
Et donne à ma ruse un mobile.
Celui-là peut voler les sables des déserts
Qui peut d’un sot aimer la femme.
Va, si tu ne fais point surveiller ta bigame,
Pour mes plaisirs plus ne m’en sers.
J’ai bien patienté : j’espérais qu’à la lutte
L’œil du maître m’obligerait.
Mais tu dors, admettant ce que nul n’admettrait :
Je romprai ces nœuds sans dispute.
Las ! donc, en ta maison toujours un libre abord ?
De nuit, pas moyen qu’on m’assomme ?
Point de peurs ? nuls soupirs interrompant mon somme ;
Nul fait pour désirer ta mort ?
Est-ce à moi d’endurer un époux lâche, immonde ?
Ton caractère éteint mas feux.
Que ne déniches-tu quelque amant moins fougueux ?
Me veux-tu pour ton rival ? Gronde.