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poésie 109LECTURES

À l'aurore pour qu'elle tarde à paraître

Déjà sur l’Océan, fuyant le vieux Tithon,
Luit dans son char la blonde Aurore.
Déesse, où vas-tu ? Reste ! À ce prix, qu’à Memnon
Mille oiseaux m’immolent encore.
C’est l’heure où je me plais dans les bras attachants
De la beauté que mon flanc presse :
L’air est frais, le bocage est plein d’amoureux chants,
Et le sommeil a plus d’ivresse.
Où vas-tu, des amants quotidien effroi ?
Ralentis ta course rapide.
Le nocher sur les flots découvre mieux sans toi
L’étoile d’or dont l’œil le guide.
Tu parais... quoique las, repart le voyageur,
Et le soldat saisit son glaive.
Tu rappelles au joug le bœuf, pesant marcheur ;
À ta voix, le fermier se lève.
Par toi l’humble écolier, à regret matinal,
Subit la férule du maître.
Par toi la Caution devant le tribunal
Accourt d’un mot se compromettre.
Implacable, tu rends au juge, à l’avocat,
L’ennui, les procès de la veille ;
Et quand dormir est cher au sexe délicat,
Pour filer ta clarté l’éveille.

Je pardonnerais tout ; mais, à moins d’être seul,
Comment voir fuir si tôt les belles ?
Que de fois j’ai prié que la Nuit, d’un linceul,
Aveuglât tes chevaux fidèles !
Que de fois j’ai prié que d’en haut te fît choir
Le vent, ou le choc d’un nuage I
Cruelle, où voles-tu ? Si ton fils était noir,
De ton âme il offrait l’image.

Quoi ! pour Céphale un jour si tu n’avais brûlé,
Chaste encor tu pourrais te croire ?
De tes feux je voudrais que Tithon eût parlé :
Scandaleuse serait l’histoire.
Tu quittes ton époux, car l’âge l’a glacé ;
Ta roue ardente au loin l’évite.
Ah ! qu’en tes bras survînt quelque amant empressé :
« Arrête, ô Nuit ! » dirais-tu vite.

Sur moi de ton vieillard pourquoi donc te venger ?
Vous ai-je unis ?.. Qu’il t’en souvienne :
D’un long repos la Lune enivrait son berger ;
Et sa beauté vaut bien la tienne.
Jupiter même, au ciel las de te voir surgir,
Un soir, de deux nuits n’en fit qu’une.

– Je terminais ma plainte : elle sembla rougir,
Mais rien n’arrêta l’importune.