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poésie 82LECTURES

À Corinne, qui se prévalait trop de ses attraits

Si l’on trouve honteux le joug d’une beauté,
Pour moi, j’assume cette honte.
Que l’on m’infâme, soit ! pourvu que d’Amathonte
Plus doucement j’aille traité.
Ah ! puisqu’il fallait vivre esclave d’une belle,
Que n’eus-je belle au tendre accueil ?
L’air beau rend fier : Corinne est d’un féroce orgueil ;
Pourquoi si bien se connaît-elle ?
C’est son miroir qui fait son ton impérieux ;
Et, toute ornée, elle s’y mire.
Pourtant si ton éclat t’assure en tout l’empire,
Astre né pour ravir mes yeux,
De nous tu ne dois faire un sanglant parallèle :
L’infime au grand peut s’adapter.
On sait que Calypso voulut, nymphe, arrêter
Un simple humain, amant rebelle.
On sait que de Thétis un roi grec fut l’époux.
Égérie aimait le bon Nume ;
Vénus souffrait Vulcain, quoique, en quittant l’enclume,
Clochât d’un pied l’affreux jaloux.
Ces vers sont inégaux : cependant l’héroïque
Au pentamètre s’unit bien.

Enchaîne-moi de même à ta guise, ô mon bien ;
De ton lit règne, tyrannique.
Point ne t’accuserai, même en cas d’abandon ;
Va, tu béniras nos tendresses.
Qu’à tes yeux mes doux vers tiennent lieu de richesses ;
D’eux mainte femme attend un nom.
J’en sais une qui va s’intitulant Corinne ;
Que ne donnerait-elle pas
Pour dire vrai ? Mais comme en ses flots l’Eurotas
Ne voit couler nulle onde Alpine,
Aucune autre que toi n’inspirera mes chants :
Tu dicteras les plus touchants.