Voyages de Montesquieu

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Lire Montesquieu c'est aborder les enjeux des Lumières avec suffisamment d'esprit pour à la fois s'en moquer et s'y inscrire de plain-pied. Il est le premier à avoir l'idée de la « théorie  [+]

Je regarde le Tyrol comme les Alpes mêmes qui séparent l'Allemagne de l'Italie. Généralement, ce que j'en ai vu est mauvais. Ce sont des montagnes, la plupart du temps couvertes de neiges et la plupart du temps très stériles. L'Allemagne peut aisément se défendre de l'invasion, et l'Italie aussi, par ces côtés de séparation.

Le Tyrol est une forteresse, et, si les Romains avaient fait une seule province de ce que nous appelons à présent l'Italie, et que la République l'eût gardée avec jalousie, elle aurait subsisté longtemps. Au lieu qu'en donnant à des gouverneurs particuliers la Gaule cisalpine, le reste de l'Italie, depuis le Rubicon, ne pouvait pas se défendre, et Pompée fut obligé de l'abandonner. Il est facile, en parcourant ces pays, de se convaincre que ce sont les fleuves qui ont fait les chemins ou, au moins, ont aidé les hommes à les faire.

Dans tout le pays que j'ai parcouru, le chemin suit toujours le fleuve et la croupe des montagnes qui sépare les fleuves. C'est ainsi que la Nature aide à l'art.

Il y a dans l'Eisack des masses de pierre de la couleur du porphyre ; mais elles n'en ont pas la dureté. Je croyais avoir fait une trouvaille. On m'a montré à Kollman une pierre appelée granach. C'est peut-être le grenat. Elle est tachetée et d'un rouge qui approche du jaune. On la trouve dans la terre, dans un lieu appelé Kollman, près de là.

Insprück est entre les montagnes, dans une petite plaine. Elle est sur l'Inn, qui est déjà là une grosse rivière. Dans l'Église des Cordeliers, il y a vingt-huit statues de bronze, de hauteur naturelle, des souverains et souveraines du pays, toutes très mal faites.

Dans la Maison du Conseil d'Autriche, il y a une espèce de couverture ou d'auvent qu'on dit et qui paraît même être fait de lames d'or. Je n'en sais pas la vérité ; mais je ne crois pas que la pauvreté des Autrichiens l'eût laissé.

Je suis parti d'Insprück le même jour, 1er août, à 3 heures après midi. Il faut monter une montagne appelée Zirl. Cette montée dure bien 4 milles, d'une montée assez rude. Aussi met-on quatre chevaux à la chaise, et paye-t-on 6 florins et 1/2 pour cette poste.

Je suis arrivé à l'entrée de la nuit à Seefeld, qui est la première poste après Inspriick. J'y ai couché et suis parti le lendemain, au lever du Soleil.

De là, j'ai fait une poste et 1/2 jusqu'au lieu appelé Mittenwald, qui est un petit lieu fort serré entre les montagnes. Il y faisait si froid que je fus obligé de me chauffer. La neige était tout près de la maison, sur la montagne. On me dit qu'elle était là depuis plus de cent ans, et qu'elle est dure comme de la glace.

Ils savent, par un baromètre fort singulier, quand il y doit pleuvoir : c'est quand ils voient de la maison une trentaine de chèvres sauvages sur les montagnes. C'est un signe qu'il fait un grand chaud sur la colline, et elles viennent se rafraîchir ; et c'est le chaud qui fait que le Soleil enlève des vapeurs.

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