Sur la petite chienne de Publius

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Les épigrammes de Martial, tantôt louangeuses tantôt obscènes, sont des paradoxes. S'il écrit pour s'attirer les bonnes grâces des puissants c'est pour ensuite mieux les discréditer dans de  [+]

Florette est gentille, mignonne,
Plus agaçante et plus friponne
Que le moineau par Catulle chanté.
Les doux baisers qu'à son ramier fidèle
Donne la tendre tourterelle,
Moins que les siens ont de suavité ;
Et les caresses ravissantes
Des vierges les plus innocentes
N'ont pas autant de pureté.
Près d'elle le rubis, l'opale,
Le diamant, la perle orientale,
Cessent d'être aussi précieux ;
Elle efface ou du moins égale
Tout ce qui brille sous les cieux.
Elle est de Publius la compagne et l'idole,
Et partage avec lui sa joie ou son plaisir :
Si quelque mal vient la saisir,
A son ami qui la console,
Par un regard, par un soupir
Elle répond ; il semble, en l'entendant gémir,
Qu'elle ait le don de la parole.
Modèle de fidélité
Près du sein de son maître au lit elle se pose,
Et là, paisible elle repose
Avec tant d'immobilité,
Qu'on croirait son souffle arrêté.
Mais si quelque besoin la presse,
Amante de la propreté,
De peur de rien gâter, avec délicatesse
Sa patte le réveille ; il la prend, et du lit
A terre la dépose ; un seul instant suffit,
Et Florette a repris sa place accoutumée.
Étrangère à l'amour, sa pudeur alarmée
Repousse les amants : nous ne lui trouvons pas
Un digne compagnon pour de tendres ébats.
Publius, qui du sort craint la fatale injure,
Pour ne point en un jour voir périr tant d'appas,
A voulu qu'un portrait conservât sa figure ;
C'est une autre elle-même ! et, lorsque la peinture
Avec l'original est placée en regard,
On se dit : toutes deux sont l'ouvrage de l'art,
Ou toutes deux celui de la nature.
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