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poésie 90LECTURES

À son livre

Lorsqu'à te recevoir mon portefeuille est prêt,
Tu veux aller briller au quartier d'Argilet,
Livre trop imprudent ; ah ! tu ne connais guère
Les superbes dédains de cette Rome altière,
Ni les airs de mépris dont sa fière grandeur
Accueille les essais d'un indiscret auteur.
Crains le goût délicat dont l'extrême finesse
A, chez les fils de Mars, remplacé la rudesse
Nul peuple n'offre des lecteurs
Plus dégoûtés et plus frondeurs.
Jeunes gens et vieillards, tous ont l'humeur railleuse ;
Chez eux l'enfance même est plaisante et moqueuse.
N'attends pas là d'amis, de protecteurs.
Après mille bravos, mille feintes caresses,
Quand tu t'applaudiras de leurs faveurs traîtresses,
Aux outrages sanglants, soudain abandonné,
Par les valets tu te verras berné.
Mais quoi ? las d'essuyer ratures sur ratures,
Et de voir ta gaîté mourir sous mes censures,
Au risque dans les airs de bientôt voltiger,
Tu veux, jeune étourdi, courir les aventures ;
De ton obscurité je vois que tu murmures.
Eh bien donc, prends l'essor et brave le danger !
Mais chez moi tu trouvais la paix sans voyager.