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La charité

D’une main timide
On sonne au couvent.
Le regard humide,
Les cheveux au vent,

C’est un pauvre frère
Parti le matin
Pour aller refaire
Le pain et le vin.

Mais sa mule alerte
Bondit sans fardeau,
Trouvant le temps beau
Dans la plaine ouverte.

Lui n’a rapporté
Que la charité.

L’aube toute en larmes
L’a vu, par hasard,
Sans cris et sans armes
Sauver un vieillard.

Le couvent l’écoute :
« Frère diligent,
Qu’as-tu fait en route
De nos marcs d’argent ? »

Et lui qui succombe
Sous d’humbles douleurs
Dit, baigné de pleurs :
« À vos pieds je tombe.

« Je n’ai rapporté
Que la charité.

« J’ai brisé la chaîne
D’un vieillard divin ;
J’ai vaincu la haine
Implorée en vain.

« De ce saint esclave
J’ai sauvé l’enfant...
Que tout mon sang lave
Ce crime fervent ! »

Alors tous ensemble
Chantent à genoux :
« Dieu, conservez-nous
Cet homme qui tremble !

« Il a rapporté
Votre charité ! »