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La veillée nuptiale

Cette lampe à mèche neuve brûle de l’huile fine et claire en face de l’étoile du soir. Le seuil est jonché par les roses que les enfants n’ont pas emportées. Les danseuses balancent les dernières torches qui étendent vers l’ombre leurs doigts de feu. Le petit flûtiste a soufflé encore trois notes aigres dans sa flûte d’os. Les porteurs sont venus avec des coffrets pleins d’anneaux translucides pour les chevilles. Celui-ci a enduit sa figure de suie et m’a chanté les railleries de son dème. Deux femmes aux voiles rouges sourient parmi l’air apaisé, en se frottant les mains de cinabre.

L’étoile du soir monte et les fleurs lourdes se ferment. Près de la grande cuve à vin couverte d’une pierre sculptée s’est assis un enfant rieur dont les pieds lumineux sont chaussés de sandales d’or. Il secoue une torche de pin et les cheveux vermeils s’éparpillent dans la nuit. Ses lèvres sont entrouvertes comme un fruit qui bâille. Il éternue sur la gauche et le métal sonne à ses pieds. Je sais qu’il partira d’un bond.

Io ! Voici venir le voile jaune de la vierge ! Ses femmes la soutiennent sous les bras. Eloignez les torches ! Le lit des noces l’attend, et je la guiderai vers la molle lueur des tissus de pourpre. Io ! Plongez dans l’huile odorante la mèche de la lampe. Elle crépite et meurt. Eteignez les torches ! Ô ma fiancée, je te soulève contre ma poitrine : que tes pieds ne frôlent pas les roses du seuil.