Temps de lecture
1
min
nouvelle 47LECTURES

L'ombrelle de Tanagra

Ainsi tendue sur des baguettes moulées, tressée avec de la paille qui est de l’argile ou tissée avec des étoffes de terre que la cuisson a faites rouges, je suis tenue en arrière et vers le soleil par une jeune fille aux beaux seins. De l’autre main elle soulève sa tunique de laine blanche, et on aperçoit au-dessus de ses sandales persiques des chevilles modelées pour des anneaux d’électron. Ses cheveux sont ondulés et une grande épingle les traverse près de la nuque. En détournant la tête, elle montre sa crainte du soleil et Aphrodite semble être venue incliner son cou.

Telle est ma maîtresse, et auparavant nous errâmes dans les prairies tachées d’hyacinthes, quand elle était de chair rose et moi de paille jaune. La couleur blanche du soleil me baisait au dehors, et j’étais baisée sous mon dôme par le parfum des cheveux de la vierge. Et la déesse qui change les formes m’ayant exaucée, semblable à une hirondelle d’eau qui tombe, les ailes étendues, pour caresser du bec une plante née au milieu d’un étang, je m’abattis doucement sur sa tête ; je perdis le roseau qui me tenait loin d’elle, dans les airs, et je devins son chapeau qui la couvrait d’un toit frémissant.

Mais un potier qui pétrit aussi des jeunes filles, nous ayant aperçues dans un faubourg de la cité, nous pria d’attendre et tourna rapidement sous ses pouces une petite figure de terre. Ouvrier des formes inférieures, il nous a portées dans son langage d’argile ; et, certes, il a su me tresser délicatement, et plier avec mollesse la tunique de laine blanche, et onduler la chevelure de ma maîtresse ; mais, ne comprenant pas le désir des choses, il m’a cruellement séparée de la tête que j’aimais ; et, redevenue ombrelle dans ma seconde vie, je me balance loin de la nuque de ma maîtresse.