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Satires

Soulève d’Annibal la dépouille funèbre :
Combien pèse aujourd’hui ce conquérant célèbre ?
Le voilà donc celui dont l’orgueil effréné,
Loin des cieux africaine follement entraîné,
Ne peut se renfermer dans l’immense rivage
Qui joint les bords du Nil aux remparts de Carthage !
Non content de régner sur ces âpres déserts,
A l’Hispanie encore il veut donner des fers :
Elle est soumise. Il part, franchit les Pyrénées,
Parvient jusqu’au sommet des Alpes étonnées ;
Leurs neiges, leurs frimas le repoussent en vain ;
Dans leurs flancs calcinés il entrouvre un chemin ;
Déjà sous son pouvoir l’Italie est rangée ;
Eh bien! Carthage encor n’est point assez vengée.
Marchons, dit-il, courons à de nouveaux hasards ;
Bien n’est fait si de Rome écrasant les remparts,
Sur les débris fumants de cette ville altière,
Je ne vais dans Suburre arborer ma bannière.
Le voyez-vous porté sur un fier éléphant,
Jusqu’au pied de nos murs s’avancer triomphant ?
Quel tableau ! mais, ô gloire ! il succombe, il s’exile,
Il va chez un barbare implorer un asile,
Il arrive à sa cour, et là, noble client
Aux portes du palais assis en suppliant,
Incroyable spectacle ! il est forcé d’attendre
Qu’au roi de Bithynie il plaise de l’entendre.
Vous ne le verrez point ce génie indompté,
Ce fléau de la paix et de l’humanité,
Expiant sous nos coups sa fureur meurtrière,
Par le glaive ou les dards terminer sa carrière.
Un simple anneau, vengeur de Canne et des Romains,
Nous paiera tout le sang dont il rougit ses mains.
Cours, insensé, poursuis tes desseins magnanimes ;
De ces monts escarpés ose franchir les cimes,
Pour qu’un jour sur les bancs tes nobles actions
Deviennent des sujets de déclamations !